Enfant global

Publié le par Sandra

    Juste une anecdote qui m'a fait chaud au coeur (No, Sandra, you're not alone!), vu l'étrange sabir franglais que je me mets parfois à parler à la fin de la journée, après avoir manié de l'anglais pendant quelques heures (de trop, visiblement).

    J'étais donc ce matin à un arrêt de bus parisien que je partageais avec d'autres dont un petit garçon et sa baby sitter, apparemment jeune fille au pair. Mon oreille étant particulièrement sensibilisée en ce moment aux parlers anglo-saxons, j'ai entrepris d'écouter la conversation de ces deux-là, au départ pour tenter d'identifier la région d'origine de leur accent. Ce fut d'ailleurs l'échec total, mes plus plates excuses aux mânes du Professeur Higgins de Pygmalion et de My Fair Lady, mais ceci est une autre histoire.

   Or donc, la conversation avait lieu en anglais et fit apparaître que le petit s'appelait Arsène, du moins, c'est ce que j'ai compris. Peut-être suis-je trop prompte à considérer que le monde entier est constitué de bobos, complètement internationalisés, qui partent en vacances chez les Indiens Quechuas et appellent leurs enfants du nom d'un évêque de Rostov du XIVe siècle. Anyway, au bout de quelques minutes, la baby sitter fit remarquer à Arsène qui s'impatientait que le panneau interactif et hertzien que les Abribus parisiens exhibent fièrement indiquait 3 minutes d'attente pour leur bus. Visiblement, le sang d'Arsène ne fit qu'un tour et il entreprit incontinent de nous faire un commentaire simultané des informations affichées, mais en français.

   Attendrissement général à l'arrêt de bus en entendant les divers "Ouh la la, vingt deux minutes pour le 87 !" du bambino. Et puis, la baby sitter a reparlé au minot en anglais et il a enchaîné sans un battement de cils sur la version anglaise du commentaire.

   J'étais stupéfaite devant la dextérité du garçon qui ne semblait pas bien vieux et faisait pourtant alterner parfaitement les deux langues. Hélas, et loin de moi l'idée de jeter la pierre à l'acrobate, il a fini par craquer et nous gratifier d'un fort mignon : " Ouh la la, twenty four minutes for le forty seven!".

   Ah Arsène, tu ne sauras jamais qu'une étrangère dans la rue, un jour, s'est sentie dans un grand moment de communion d'esprit avec toi. Bilingual Arsène, si tu m'entends, sache que toute mon admiration t'accompagne. Etant donné que probablement, tu ne m'entends pas, je m'en vais limiter mes élans lyriques et te souhaiter bonne continuation avec la RATP et ta baby sitter.

Keep up the good work, Arsène.


Publié dans Lost in translation

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