Esprit de Noël, es-tu là ?

Publié le par Sandra

    Pour notre premier Noël britannique, je voulais bien m'approvisionner sur place mais j'avais décidé que la recette serait française, parce que bouffe+Angleterre=vous savez quoi.
    Me voilà partie pour une dinde aux marrons farcie somme toute très classique, naïve que j'étais à penser que les produits de base seraient faciles à trouver : lard gras, viande de veau, pain de mie, lait, marrons, oeuf et bien sûr, dinde. Tout ça est bien britannique si on y réfléchit.
    Eh bien non. D'abord, la dinde. J'ai demandé au boucher, fort sympathique au demeurant et avec qui j'ai eu déjà l'occasion d'échanger sur les noms des différentes pièces de boeuf (sirloin=aloyau, j'ai regardé dans le dictionnaire, fillet=entrecôte, dixit le boucher chez Valentine's à Westbury-on-Trym, mais =filet d'après Robert et Collins), une dinde mais il m'a répondu qu'il n'aurait rien pour moi car leur plus petite dinde faisait 7 kilos. Comme au supermarché, ils n'avaient que des dindes de 5 kilos, déjà farcies à on ne sait quoi et dont l'argument marketing unique était qu'elles étaient "easy carve" (faciles à découper, la raison principale qui vous fait choisir une viande plutôt qu'une autre, non ?), je me suis résolue à acheter le plus petit poulet de Valentine's, une petite bestiole de 4.5 kilos seulement. Autant dire un poussin.
    Le lard, ensuite. Là, je me croyais en terrain sûr, vu que c'est à peu près l'unique viande qu'ils mangent communément. Fatale erreur, d'abord, ils n'ont pas de lard gras. Ils n'ont que du streaked bacon, c'est-à-dire du lard ressemblant à du lard, avec des bandes de gras dedans, comme alternative au bacon gorgé d'eau tiré d'un cochon spécialement sélectionné pour avoir une sorte de tumeur musculeuse dans l'épaule (le lard, c'est bien vers l'épaule, non?) et donc fournir une tranche de lard parfaitement ronde. Va pour le streaked bacon, maintenant il faut en trouver du non fumé non salé. Je rentre à la maison et je commence ma préparation, et là j'ai été sauvée par la manie britannique des étiquettes. Je n'aurais jamais pensé un jour dire que ces étiquettes ridicules étaient utiles mais, sur l'étiquette de mon bacon, j'ai vu qu'il y avait 9% de sel, pour du bacon soi-disant nature. Et j'ai vu ça AVANT de saler la farce. C'est ce qui nous a permis de manger la farce après. Parce que vu comme elle était salée juste par le bacon, elle aurait été carrément toxique si j'avais salé normalement en plus. Donc, attention, si vous cuisinez des farces et terrines, ne salez pas. Ou alors, votre prochaine mission, si vous l'acceptez, est de trouver du bacon réellement non salé.
    Et enfin, le veau. C'est tout simple non ? Je veux dire, c'est le pays du boeuf, non ? Sinon, pourquoi on appellerait les Anglais des rosbifs ? Donc, s'il y a du boeuf, c'est qu'il y a du bébé boeuf. Car derrière chaque boeuf, il y a une vache héroïque qui a souffert pour le mettre au monde et l'élever seule, en batterie. Mais je m'égare. Eh bien, pas de veau, nulle part. D'après mon ami le boucher, ils n'en ont pas parce que personne n'en demande jamais ou presque. J'ai donc dû recourir à la solution Taste, the magasin/restaurant bobo où tout est bio, d'importation ou spécialement revival de techniques locales et ancestrales de production. MCET en était tout contrarié, parce que ce genre de magasin où le marketing et le design sont soignés (et grassement payés) fait resurgir en lui les gènes de paysan cauchois* qui se baladent, j'en suis sûre, dans son hérédité, bien qu'il s'entête à me maintenir
qu'il est cent pour cent A.O.C. pays d'Auge pour sa partie normande.
    J'ai trouvé au même endroit des marrons précuits à la vapeur sous vide (français, soit dit en passant) qui m'ont sauvée de douze heures de labeur intense pour réussir à ôter la foutue petite peau blanche qui résiste envers et contre tout sur les marrons frais. Parce qu'évidemment, les Anglais qui habituellement sont des maniaques du tout-prêt-tout-préparé-y-a-plus-qu'à-mettre-au-four-et-c'est-facile-à-découper-même-au-dentier-émoussé-Mamie-y-arrive, là, juste pour me contrarier, juste parce qu'ils participent au CMCM**, ils avaient été pris d'une petite attaque de naturalisme. On trouvait partout de magnifiques marrons frais joliment enrobés dans des petites branches de houx et de sapin, avec des mignons dessins des lutins du père Noël et un fond sonore de Christmas carols sur la stéréo du supermarché. Mais des ménagère-friendly, que dalle.
    Bilan des opérations, un poulet farci assez bon, mais très salé et une terrine du même acabit. On va pas tarder à se transformer en Anglais ventripotents, si ça continue comme ça. Surtout qu'avec le sel, ben on a soif, alors on boit de la bière. L'engrenage fatal, je vous dis.

*Comme ceux qui suivent peuvent s'en apercevoir, j'ai entamé un défi personnel, sur le thème Offensons le plus de régionalismes possibles. Bon, je vais éviter les Corses, parce que ce serait trop facile.
**Complot Mondial Contre Moi

Publié dans Qu'est-ce qu'on mange

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