Les priorités du Times

Publié le par Sandra

    Privée vendredi dernier de mon Guardian quotidien pour cause de Boxing day, je me suis aventurée à acheter et lire ce parangon de la britannitude qu'est le Times. Et c'est l'occasion de faire un peu de critique éditoriale à deux balles.
    Là où le Guardian ressemble à Libération, la prétention post maoïste en moins, en plus anglais, et surtout en mieux, bref, là où le Guardian est entré dans le monde moderne des greffes d'organes, des réhabilitations de quartiers urbains difficiles et des vacances en France, le Times est délicieusement resté plongé dans l'Angleterre d'Agatha Christie avec major de l'armée des Indes en retraite et neveu pensionnaire. Au milieu de pages sur la mort d'Harold Pinter, et de quelques nouvelles internationales dont une double page sur Barack Obama élu Personnalité de l'année par le Times, tout ça assez standard, on trouve un article sur le lobbying pour faire lever l'interdiction de la chasse à courre, une double page sur la famille royale et à quelles messes elle a assisté, un billet d'opinion sur les bonnes raisons de réhabiliter la pratique, hélas obsolète, des ladies britanniques de se retirer après le dîner pour laisser les hommes se piquer le nez tranquilles au porto et quinze pages de sport dont trois sur les courses de chevaux.
    Plus, j'ai gardé le meilleur pour la fin, le courrier des lecteurs. Là, je voudrais faire un spécial dédicace à V. et à tous les fans des Monty Pythons. Car la lettre qui m'intéresse est signée par un directeur de pensionnat de garçons qui commence sa lettre par le traditionnel "Sir," (après tout, il est évidemment impossible que l'editor du Times soit une femme, non ?). Il écrit pour dire qu'il trouve bien meilleur pour l'atmosphère de travail de ménager une heure de sommeil de plus aux élèves en supprimant l'heure de travail située avant le petit déjeuner. Mais là, inquiétude ! Peut-être il y a-t-il péril en la demeure pour les principes spartiates (Spartan principles) d'éducation qui font la fierté des institutions britanniques ! Ce gentleman s'empresse de rassurer le major de l'armée des Indes qui s'étrangle à cette pensée en sirotant son thé avec un chandelier dans la véranda. Mais voilà que je m'égare à nouveau.
    En version originale, c'est tellement délicieux :
"Spartan principles can be much better exemplified in other directions - [...] for instance, [in] the insistence on vigorous exercise in rough weather."
    Que le colonel Moutarde se rassure, on n'en fera pas des lopettes en pension, on continuera toujours à les faire courir en short sous la pluie.
    Bon, cette lettre date de 1905 et elle apparaît dans la rubrique archives du courrier des lecteurs, mais, elle me semblait tellement dans le ton du reste des lettres, bien actuelles, elles (avec la présupposition que l'editor ne peut pas être une femme) que je n'ai même pas remarqué la date avant que MLAM n'attire mon attention sur ce détail.
    Nous respirons plus sereinement en sachant que la fière tradition du stiff (and slightly slimy due to a cold caught running in rough weather) upper lip perdure ou du moins reste vivante dans la mémoire du cher Times.

Publié dans Dear old England

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