Traduction anglais-anglais

Publié le par Sandra

    Dans le Guardian de lundi, on peut trouver une anecdote de linguiste marrante ou qui du moins amusera les linguistes (les autres trouveront tout ça du niveau des blagues Carambar, j'en ai peur). Elle porte sur les différences de sens d'un même mot/d'une même expression en anglais britannique ou américain. Pour vous expliquer tout le truc si vous ne souhaitez pas lire l'article en entier, il faut expliquer un autre truc marrant non linguistique.
    La semaine dernière, une éolienne de la ferme éolienne Ecotricity a été abîmée dans des circonstances encore inexpliquées. Au moment où on remarquait le problème, des témoins ont vu des lumières étranges dans le ciel et entendu des bruits d'explosion. Différents tabloïds, le Sun en tête, ont immédiatement conclu à une attaque d'OVNI sur l'éolienne, tandis qu'une rédactrice du Guardian qui se trouvait par hasard en vacances à proximité du lieu de l'incident a indiqué à la presse (on trouve le billet qu'elle écrit dans le Guardian de lundi ici) que les lumières provenaient sans doute du feu d'artifice que son frère avait tiré à cette heure-là pour un anniversaire familial.
    Pour en revenir à mon truc de traduction nécessaire pour américain lecteur du Guardian, la confusion possible se trouve dans les propos du créateur de la ferme éolienne qui a déclaré à la presse que les lumières pouvaient bien venir du feu d'artifices mais qu'il n'y avait "absolutely no question" que le feu d'artifices ait pu provoquer les dégats sur l'éolienne. Par où il voulait dire qu'il n'était pas question que les dégats viennent de là. Ce qui est plaisant, c'est qu'un lecteur britannique comprendra 'no question' comme 'no way' (pas question), là où l'américain comprendra 'no question' comme 'no doubt' (pas de doute), c'est-à-dire l'exact contraire. Ce qui serait très fun c'est qu'une action en justice, genre diffamation ou autre, découle de ce genre de différence linguistique. Est-ce que chaque cour camperait sur ce qu'elle considérerait comme le bon usage de son pays ou est-ce qu'on jugerait que les Britanniques ne peuvent pas savoir ce que disent les Américains et vice versa ? Peut-être y a-t-il des précédents, d'ailleurs.
    Dans la même veine, le blog Separated by a common language, que je vous conseille et qui est entièrement consacré à ces différences britannico-américaines, raconte ici comment le mari britannique de la blogueuse a failli un jour se prendre une baffe parce qu'il avait dit à une amie américaine que sa fille était slutty, ce qui en anglais britannique veut dire (mais c'est un peu vieillot apparemment) "un peu crado dans ses manières" alors qu'en américain, ça veut dire "Marie-couche-toi-là".
    On a le même style de trucs en français avec les Québécois mais au moins on le sait et la différence de vocabulaire est beaucoup mise en avant. Dans le bon sens (le Québec est un pays différent, le Québécois une langue différente) ou dans le mauvais (ils sont cons ces Québécois, ils parlent tout bizarre, ouarf, ouarf, ouarf (ricanement gras)). Pour l'anglais, j'ai l'impression que cette espèce de mythe que l'anglais règne sur le monde fait croire à une universalité anglophone.
    Eh ben pour pouvoir se comprendre entre gens qui ont soi-disant achevé de conquiiiir le monde de la communication, il y encore du boulot.

Publié dans Lost in translation

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