Viandes

Publié le par Sandra

    Depuis que MCET et moi sommes arrivés ici, une grande interrogation métaphysique et culinaire nous taraude à la vue de l'éventail assez restreint des morceaux de viande qu'il est possible de se procurer dans ce pays : que diable les Anglais font-ils du reste de la bête ? Eh oui, chez mon boucher de Westbury, qui est par ailleurs fort urbain et qui ne s'est toujours pas remis du déshonneur provoqué par ma remarque à propos du bacon archisalé, comme dans les rayons de viande des divers supermarchés visités, il y a si peu de morceaux différents qu'en reconstituant l'animal on obtiendrait des cochons unijambistes et des quarts de boeuf sans tête. La réponse qui nous a rendu la paix de l'esprit et la possibilité de trouver le repos dans les bras de Morphée est venue en partie grâce à Mr V. qui nous a visités récemment après une année passée dans cette ville lors de sa folle jeunesse. Pendant cette période de sa vie, on avait eu l'occasion de lui recommander spécialement, avec la même excitation avec laquelle on se refilait les adresses de speakeasy pendant la Prohibition aux États-Unis, the adresse des meilleures saucisses de Bristol. Car bien sûr, on s'en doutait un peu quand même, ce qu'ils font non seulement du reste de cochon qui n'a pas fini en bacon, mais aussi du boeuf, du mouton ou du gibier, ce sont des saucisses.
    Mr V. souhaitant se faire une full British experience pendant son séjour et l'English breakfast ayant ses limites, nous voilà donc partis pour St Nicholas Markets, où on trouve tout plein de bonnes choses et qui se trouve tout près de Corn Street, lieu du local market du mercredi où on trouve des styles de vrais poissoniers, mais je m'égare et j'y reviendrai à l'occasion, St Nich's Markets donc, et le Bristol Sausage Shop. Munis d'un assortiment de saucisses et de bière (Hobgoblin, je recommande), enfumés au graillon pour la semaine, nous avons donc dégusté nos saucisses. Et j'ai beau trouver habituellement que la saucisse est le degré zéro de la gastronomie, saucisse de Morteau mise à part, et que, n'en déplaise à nos amis germains, fonder autant d'associations d'amis de la saucisse qu'il y a de paroisses en Bavière a peu d'intérêt si on n'est pas très porté culottes de peau et opéras de Wagner, eh bien nonobstant tout ça, c'était vraiment bon. On reconnaissait bien les différents goûts qu'on avait choisis (agneau et romarin, porc-bacon-champignons, boudin noir et porc, porc et gibier, porc-oignons rouges-gingembre et boeuf-bière), c'était un peu gras mais très modéré par rapport au reste de la cuisine locale et on ne tombait pas comme d'habitude avec les saucisses sur ces morceaux non identifiés qui font se ressouvenir avec un frisson d'horreur que les cochons aussi ont des ongles de pied.
    Une réussite totale. Ajoutez à ça que Mr V., qui a tous les diplômes qui vont bien, nous a appris au passage que dans la langue de Shakespeare, sausage est indénombrable et qu'on ne doit pas demander "three sausages"* mais "three links of sausage"**, et vous conviendrez que ce dîner, qui aurait pu avoir toute la distinction d'un vestiaire de foot bavarois après la huitième mi-temps, fut un grand moment de raffinement et de conversation élevée.

* Trois saucisses
**Trois maillons de saucisse

Publié dans Qu'est-ce qu'on mange

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Worthless 09/03/2009 09:39

Tous les diplômes qui vont bien, c'est vite dit ! Un noble souci de la vérité historique me pousse à préciser que 1) je ne suis pas Meilleur Ouvrier de France ; et que 2) et bien pire, je n'ai jamais passé ma deuxième étoile. Quant au brevet de Major des Indes (en retraite), je ne désespère pas de l'acheter un jour...
Merci derechef pour la saucisse.