Ô loi infrangible de la monarchie éternelle ... pour 5 secondes

Publié le par Sandra

   Pour un français, le Royaume-Uni a ce quelque chose de précieux que n'ont pas les autres monarchies européennes, si fades que je suis sûre que vous seriez surpris de vous ressouvenir que ah oui, c'est vrai, la Suède, le Danemark, le Luxembourg et même la Belgique sont des monarchies, le Royaume-Uni, dis-je, a ce quelque chose de précieux qu'il fournit aux Français ce frisson semi-honteux mais néanmoins avide qui nous saisit tous quand nous voyons dans le Télé7jours de Mamie que RTL9 rediffuse Angélique, Marquise des Anges pour le week-end de la Pentecôte. Grâce aux Windsor, nous pouvons suivre dans la vraie vie les tribulations dignes d'un roman de gare de "l'héritier faible mais à sens du devoir", de la "méchante femme de l'ombre, qui n'a pas un physique facile mais, en fait, elle l'aime vraiment et depuis toujours, tu vois", de la "petite jeune, femme bafouée, qui relève la tête et rend les coups en laissant traîner son royal derrière dans des lits teintés des mystères de l'Orient" et enfin de la kyrielle d'aïeules indéfiniment soupçonnées de biberonner sec au Bombay Sapphire.
    J'ai donc, comme tout le monde en France, suivi toutes les affaires Diana, de loin, certes, et en gardant toujours une certaine ironie distanciée (merde, on est Français ou on ne l'est pas !) mais en étant toujours, je ne sais comment, au courant du dernier rebondissement. Et récemment il m'est venu une réflexion suffisamment ironique et mauvaise langue pour que je puisse en tant que Française avouer ici l'avoir eue. Avez-vous remarqué qu'avant le divorce Charles-Diana, on nous a expliqué qu'à cause de je ne sais quel "Royal marriage Act" qui en fait n'existe pas, Charles en divorçant faisait une croix sur la possibilité de succéder à sa mère ? Le truc qui bloque, d'après ce que j'ai réussi à comprendre, c'est que le monarque britannique est chef de l'Église Anglicane qui n'est pas fan, fan du divorce.
    Bon, ils divorcent, quand même. Et là on nous explique que le problème n'est pas que lui soit divorcé mais qu'il veuille épouser une divorcée, Camilla Parker-Bowles*. Pouf, évanouies les superbes argumentations précédentes, le problème maintenant, c'est elle.
    En même temps, Charles qui cohabite ostensiblement avec Camilla et qui ne l'épouse pas pour se garder la possibilité de succéder, ça fait pas des bonnes relations publiques. Plutôt en termes de roman de gare, l'abominable héritier aristocrate qui entretient une maîtresse roturière et refuse de do the right thing** pour ne pas souiller son nom avec du sang de commoner. Bad PR. Les spin doctors de la couronne en ont des sueurs froides. Qu'à cela ne tienne, il va l'épouser, l'amououour triomphe finalement et il renoncera au trône en faveur de son fils aîné, William. Happy end, morale sauve, l'archevêque de Canterbury a même réussi à trouver un moyen au délicieux petit côté jésuite de bénir l'union mais sans célébrer le mariage, rapport au fait qu'il n'est pas censé cautionner le divorce (fun pour une religion fondée sur un divorce et par un serial divorcé Henri VIII).
    J'en étais restée là. Et puis complètement sortie de l'espace, l'annonce que le gouvernement va faire ce que Blair avait refusé de faire, réformer le Act of Settlement de 1701 qui, avec le Bill of Rights règle la succession au trône de Grande Bretagne et qui stipule qu'aucun catholique ou personne se mariant à un catholique ne peut monter sur le trône. Quand Blair avait refusé, il avait donné comme raison le fait qu'avec le monarque britannique chef d'état de plus de quinze pays du Commonwealth, ce serait un cauchemard législatif et qu'il n'y avait pas d'urgence. Les commentateurs avaient fait remarquer à l'époque que si un des princes voulait épouser une catholique, on ferait en sorte que ça ne prenne qu'un après-midi pour régler le truc.
    Revenons-en à notre actualité récente. On voit donc dans la presse que le sujet revient sur le tapis , avec l'argument "c'est une odieuse discrimination, mais que fait la Cour Européenne des Droits de l'Homme ?", alors que franchement, avec la crise, le gouvernement a d'autres chats à fouetter (est-ce une manoeuvre de diversion ?). Et au passage, je m'aperçois qu'il semble acquis pour tout le monde que c'est Charles qui va succéder à sa mère et non ses fils. Qu'est-ce qui s'est passé avec le "il renonce au trône pour épouser la femme qu'il aime" ? Merde, et mes rêves de midinette alors ! Sans compter le "c'est strictement impossible qu'un roi d'Angleterre soit divorcé remarié avec une divorcée" ? Ah ben, je sais pas.
    Et si on veut être mauvaise langue, on fait le rapprochement avec le fait que Camilla s'est mariée en premières noces avec un papiste ! Damned, qu'est-ce qu'elle complique la vie de la couronne, celle-là ! Plusieurs hypothèses livrées en exclusivité par votre reporter de Têtes presque couronnées :
- la reine ne se fait pas toute jeune et on veut éviter toute contestation pour la succession, avec Charles qui monte sur le trône. Par la même occasion, on se redore le blason sur le mode "qu'est-ce que je suis moderne, moi ! Je lutte contre les discriminations, vous avez vu, je suis un gentil, s'il vous plaît, me transformez pas en République et surtout continuez à payer mes notes de frais astronomiques".
- un des princes reluque une catholique et Buckingham Palace en a plus qu'assez des cacahuètes matrimoniales avec scandale afférent, "il n'a pas pu épouser celle qu'il aimait alors il en épouse une autre après sa femme est pas contente, elle émigre en France et elle a un accident de voiture". Bref bad PR.
- Camilla est réellement catholique/a été convertie au catholicisme, là où son premier mari avait échoué, par ... (roulement de tambours) Tony Blair (qui est catholique) et qui n'avait refusé d'amender les règles de successions que dans l'espoir d'empêcher le mariage de Camilla avec Charles, car il est secrètement amoureux d'elle. Bon, il reste plus qu'à caser des sympathies pro-nazies, dans tout ça, et le scénario est prêt pour Hollywood.
    Scénario de blockbuster mis à part, un des arguments de vente de la monarchie dans ce pays est qu'elle représente un pilier central et éternel de la britannitude inébranlable. Vous savez, un îlot de constance dans un monde de relativisme. La famille royale qui représentera toujours quoi qu'il arrive le respect des règles et la stricte observance de la morale et des traditions. Mais bien sûr ! Vous avez changé huit fois de ligne officielle en quinze ans sur ce tout petit détail pour une monarchie qu'est l'héritier présomptif, mais vous voulez nous faire croire que votre devise est "Je maintiendrai"*** ? Votre nom de famille ne commencerait pas par un W et vous n'auriez pas une étrange addiction aux couvre-chefs rose bonbon par hasard ?
    Je paie des impôts dans ce pays qui contribuent partiellement à régler les factures de ces gens-là. L'un dans l'autre, c'est pas pire que de payer les jets privés de Sarkozy, mais au moins, j'aimerais qu'ils soient honnêtes, qu'ils me disent : "Je suis un charlot comme vous et vous me payez mes chapeaux couleur lavande, mais je ne suis pas meilleur que vous, c'est juste que j'ai les oreilles plus décollées. Et tout le monde sait bien que le seul régime politique vraiment démocratique est la république ou la commune anarchiste". En tout cas, dans un monde parfait, ce serait comme ça.


*Cf l'affaire Édouard VIII et sa Wallis de femme, divorcée deux fois, shocking. Plus surtout, soupçons (plus qu'avérés en fait) de sympathies pro-nazies, réunion secrète, champagne avec Herr Fritz. Ah, les patrons de studios s'en lèchent les babines.
**Faire son devoir, faire ce qu'il faut, l'épouser, quoi.
***Devise des Pays-Bas depuis Guillaume 1e d'Orange-Nassau. La devise de la couronne britannique est "Dieu et mon droit".

Publié dans Queen of who

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