La Commune d'Eigg

Publié le par Sandra

   Dans une discussion récente avec MLAM sur le régime politique britannique (les élections locales chez nous ont lieu ce jeudi en même temps que les élections européennes), j'en suis venue à évoquer mes souvenirs nébuleux d'un article de Libé d'il y a quelques années sur la loi foncière écossaise en général et le combat d'habitants des Highlands pour se débarasser de leur landlord, terme qui signifie propriétaire terrien mais est composé à partir du mot qui signifie "seigneur". En effet, la répartition de la propriété des terres en Écosse est pire qu'au Brésil (voir à ce sujet un article d'Alastair McIntosh, un intellectuel écossais qui s'est engagé pour la "réforme agraire" en Écosse) et la loi écossaise sur la terre et les moyens de l'occuper avait maintenu jusqu'à récemment les règles féodales dans la plus pure tradition aristocratique occidentale. Mais que foutait la cour européenne des droits de l'homme ?
    La féodalité n'a été abolie en Écosse qu'à la Saint Martin 2004 quand l'Abolition of Feudal Tenure etc. (Scotland) Act voté par le Parlement écossais est entré en action. Eh oui, vous avez bien lu ! J'adore définitivement ce pays *!
    Pour en revenir aux habitants d'Eigg, charmante île des Hébrides, ce qu'ils reprochaient à leur propriétaire était essentiellement de se conduire en seigneur, de les empêcher, sans possibilité de recours, de prendre des décisions de base pour leur île et de décider de les expulser sans autre forme de procès, comme la loi l'y autorisait alors, s'ils ouvraient leur gueule**. Ce qui est beau dans l'histoire et qui est cher à mon coeur, c'est que les habitants ont décidé en 1994 d'intenter un procès pour pouvoir acheter collectivement l'île. Leur lutte a abouti en 1997, après un appel à la générosité publique qui leur a permis de récolter les fonds***, et ils se sont maintenant constitués en commune et prennent leurs décisions collectivement. Bon, même si ça me fait parler comme le bulletin de Lutte Ouvrière, c'est clairement un bout de "monde parfait" qui s'est glissé dans celui-ci, aux côtés de la parcelle occupée par les mineurs de Tower Colliery au Pays de Galles qui ont racheté leur mine en 1994 en mettant en commun leurs indemnités de licenciement, alors qu'elle allait être fermée par le gouvernement conservateur.
    Que du bonheur, je vous dis, un monde sans lairds ni permanentes.

* Petit clin d'oeil ici à mon interlocuteur anglophile privilégié dans la discussion fleuve "Le royaume-Uni est-il une démocratie/un état de droit ? Définis ce que tu entends par "démocratie"/ par "état de droit" ! Oh by the way, tu re-veux une bière ?". Il se reconnaîtra.
** D'après le médecin à la retraite de l'île, cité par Alastair McIntosh, vivre sur l'île à cette époque était comme "de vivre sous l'occupation, sauf que vous n'avez pas le droit de tirer sur les salauds".
***Un article du Scotsman parle d'une donation anonyme d'un million de livres. Qui que vous soyez, si vous êtes le responsable de cette donation, vous avez votre place dans mon panthéon personnel.

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