Ah, ça ira, ça ira ...

Publié le par Sandra

    J'avais jusqu'à présent ignoré dans mes lectures les récentes allusions journalistiques à Eary Prince Charlie, les considérant a priori comme un exemple de plus de cette facette embarassante de l'esprit britannique qu'est l'attachement à la famille royale. Je rangeais donc "l'affaire" des Chelsea Barracks dans la même catégorie que l'amour des chiens, la paternité du Yorkshire pudding et la croyance que les sandwichs à la Marmite sont bons pour la santé de vos enfants, quand un article du Guardian traitant le Prince Charles de "philistine*" m'a attiré l'œil. Or donc, en résumé pour ceux qui n'ont pas suivi cette affaire Dreyfus à l'anglaise, depuis plusieurs années une opération immobilière est en préparation suivant toutes les règles de permis de construire et de commission de réclamation pour construire un bâtiment moderne sur la parcelle des Chelsea Barracks à Londres. L'architecture est moderne et ça ne plaît pas au Prince Charles qui préfère les colonnes néo-classiques. Il écrit donc à son bon ami le cheikh Tartempion de la famille royale qatari qui possède l'entreprise d'investissement dans cette opération immobilière. Le projet de construction est abandonné et l'architecte est really pissed off.
    Comme le geste est très "ancien régime", la controverse se porte immédiatement sur la légitimité de la monarchie. Dans le Times, sans surprise, on lit une défense de l'implication de quelqu'un de non-élu-non-qualifié sur le mode "quand la famille royale est utile, par exemple en défendant notre communauté (ndlr : ?), les gens trouvent que la famille royale, c'est bien, donc c'est bien que la famille royale soit utile (ndlr : re-?)". Quant au Guardian, qui abrite comme chacun sait "a bunch of commies**", il publie cet article qui m'a attiré l'œil, d'un journaliste qui se dit républicain et qui explique que la plupart du temps, la famille royale n'énerve personne à part les égalitaristes radicaux, car elle coûte cher mais elle ne fait rien, mais que là, le royal rejeton a passé les bornes en utilisant son droit divin pour interférer avec un processus démocratique et légal. Ca m'a fait plaisir de voir qu'il est possible de trouver des Britanniques qui pensent comme moi et que ce que je dis sur le sujet n'est pas seulement le fruit de mes origines franchouillardes.
    Et puis, je me suis posé la question "et la Reine dans tout ça ?". Déjà qu'elle n'a pas été invitée au bidule pince-fesses du Débarquement. On dirait qu'elle s'efface pour laisser la place à son fils. Tiens, justement, c'est lui qui a représenté la Grande-Bretagne au pince-fesses précité. Moi, je vous dis, ça sent la fin de règne. Elle se transforme en Queen Mom, que tout le monde aime bien (au moment de la visite des Obama, elle a rompu le protocole en se montrant bras dessus bras dessous avec Mme O. ; à la suite du cadeau des époux Obama d'un i-pod, la BBC a lancé un appel à suggestions pour remplir le royal i-pod de titres musicaux appropriés***). Elle laisse la bride sur le cou à junior pour qu'il s'affirme (il en profite pour commettre un abus de pouvoir, mais ce n'est pas la question). Je ne serais pas surprise outre mesure que la succession approche ou qu'elle choisisse d'abdiquer en faveur de son fils**** (oui, je sais, normalement le souverain anglais ne peut pas abdiquer, les textes sont très clairs. Sauf quand ils ne le sont pas, d'après ce que j'ai compris). Auquel cas, il risque d'y avoir un changement de style au sommet.
    Fini, les chapeaux couleur lavande (soupir nostalgique anticipé).

* Philistine : terme intraduisible qui est un mélange de béotien, d'anti-intellectuel et de petit bourgeois. Le genre concessionnaire Alfa Romeo s'exprimant à propos de la dernière expo à Beaubourg.
** a bunch of commies : "un ramassis de cocos".
*** Je voulais bloguer sur ce truc mais malheureusement, j'étais en plein milieu de la Manche à ce moment-là et je n'ai pas de portable. Pour la bonne bouche, quelques-unes des suggestions d'auditeurs de la BBC : Throne Roses, Buckingham Rhapsody, Corgis and Bess. À vous de déchiffrer les jeux de mots.
**** Ce qui est bien quand on est étranger, c'est qu'on peut dire ce qu'on veut, si l'histoire montre que c'était n'importe quoi, les Anglais le mettront tout simplement sur le compte d'une excentricité de Dumb French*****.
***** Abruti de Français.

Publié dans Queen of who

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