Docteur Qui ?

Publié le par Sandra

    Au cours de notre exploration de la britannitude, MCET et moi n'avons pas tardé à tomber sur la série Doctor Who. Sachant qu'il nous semble maintenant simplement saugrenu de rouler ailleurs qu'à gauche, j'ai bien peur que nous ayons "gone native"* comme disent les anglo-saxons, ce qui, après tout, est un peu le but. Nous sommes donc rapidement devenus fans de cette série de la BBC existant depuis les années 60. S'en sont ensuivies des discussions à n'en plus finir sur la meilleure acolyte du Docteur (Rose est assez insupportable, mais tellement anglaise, d'un autre côté, Donna est bien pince-sans-rire, comme on aime, et rend les coups contrairement à cette truffe de Martha), sur la question de savoir si le Lieutenant Jack Harkness est bi ou homo (il suffit de regarder le spin-off Torchwood pour avoir la réponse, le principe du scénario semblant être de bourrer cette série de toutes les allusions de cul censurées dans Doctor Who) ou sur l'épisode préféré (personnellement je vote des deux pieds pour l'épisode, dont j'ai oublié le nom, se passant en Écosse, impliquant la reine Victoria et des ninjas style shaolin déguisés en moines-pénitents en robe de bure vénérant un extra-terrestre loup-garou où il s'agit de sauver, une fois de plus, l'Empire Britannique tel que nous le connaissons) et il n'est pas rare depuis, d'entendre chez nous résonner les mots "Exterminate, exterminate!" déclamés d'une voix de robot de série Z**.
    Toujours est-il que cet amour pour ce produit si attachant de la vénérable BBC est la raison qui m'a fait prêter l'oreille quand j'ai entendu parler à la radio sur BBC Bristol l'autre jour d'une mobilisation des habitants de Newport à propos d'une TARDIS-style police box. Il s'agit, à mon sens, d'un cas amusant de britannitude se mordant la queue. Écoutez un peu : dans Doctor Who, le docteur voyage dans un vaisseau spatial super-perfectionné, cela va de soi, le TARDIS, qui est censé avoir adopté comme camouflage un élément habituel et donc anodin des rues britanniques, la police box. Il s'agissait, avant que les radios portables ne se généralisent et n'équippent tous les policiers britanniques, de permettre au central de contacter par téléphone les agents faisant une ronde et leur permettre, en retour, de contacter rapidement leur commissariat***. Dans la série, l'apparence du TARDIS a donc ce petit goût de pittoresque et d'old Britain que les cabines téléphoniques rouges ont aux yeux des français.
    Naturellement, il n'en reste que très peu encore debout et les habitants de Newport se mobilisent donc pour sauver la leur. Ce qui est drôle, c'est que l'argument principal pour justifier qu'il s'agit d'un élément précieux du patrimoine culturel n'est pas la présence dans les rues d'après-guerre de ladite police box mais son apparition dans Doctor Who, lui-même devenu un pilier de la britannitude.
     C'est déjà à la BBC que l'on devait le mot spam, qui, depuis, règne sur le monde. Alors, qui a dit que la télévision ne pouvait pas faire culture ?


* "tourné indigène". C'est ce qui arrive à Kurtz dans Au cœur des ténèbres, de Conrad ou à Marlon Brando dans Apocalypse now, si vous préférez.
** Les afficionados comprendront.
*** Pour les moins de quinze ans, je tiens à rappeler que, moi aussi, j'ai connu le temps d'avant les téléphones portables et que je ne SUIS PAS, repeat, PAS, née avant la guerre de 14.

Publié dans Dear old England

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