Le deuxième pays des droits de l'homme

Publié le par Sandra

    En traînant sur le site du Guardian comme d'hab, je suis tombée sur un article qui m'a fait sauter au plafond (plus de détails ici). L'objet du délit, le Home Office (équivalent du Ministère de l'Intérieur français mais gérant aussi toutes les procédures d'immigration) a mis au point un projet expérimental de tests ADN des demandeurs d'asile pour déterminer leur nationalité et repérer les demandes bidons. Oui, vous avez bien lu, ils ont fait plus fort que le Ministère de l'Immigration de funeste réputation avec ses tests ADN pour déterminer si l'enfant dont vous demandez le regroupement familial et que vous êtes donc prêt à nourrir, loger et blanchir jusqu'à sa majorité, est bien le vôtre (bon, ça marche pas si vous l'avez adopté ou si sa mère a eu la cuisse légère mais c'est pas grave).
    Les mots se bousculent, mettons un peu d'ordre dans les idées. D'abord, la technique utilisée : test de l'ADN mitochondrial (transmis uniquement par la mère) et de l'ADN du chromosome Y. L'ADN mitochondrial est étudié en génétique des populations pour observer les schémas de dispersion des populations à travers l'histoire. Et précisément, elles se dispersent, les populations. C'est-à-dire qu'en plus de mettre en place une politique qui ne mérite pas d'autre épithète que fasciste ("Chef, on pourrait aussi leur tatouer un numéro après pour être sûr de savoir où ils vont – Remarquable idée, Wooton Bassett. Je ne sais pas pourquoi, j'ai la vague impression que vous n'êtes pas le premier à l'avoir"), ces messieurs du Home Office ont décidé de faire un truc abyssalement con. Parce que, je ne connais pas grand chose à la question et Abie que j'ai avisée de l'affaire écrira sans doute des choses bien plus scientifiques que moi là-dessus, mais j'ai compris un truc à propos de cette histoire d'ADN mitochondrial, c'est que si je devais faire le test sur, mettons, un fonctionnaire, anglais bien de chez nous, du Home Office, les résultats me diraient qu'il a autant de chances de venir de la charmante bourgade de Shepton Mallet, de Bassora ou d'Andalousie. J'ai bien plus de chances de déterminer la nationalité dudit fonctionnaire en prenant son nom de famille, sa tronche (comme il est dit par un ancien de la RAF dans le documentaire Le chagrin et la pitié d'Ophüls, il semblerait qu'il n'y ait pas des tonnes de roux à fine moustache dans les campagnes françaises) ou même l'école privée où il a fait sa si remarquable éducation humaniste. Et c'est bien évidemment la même chose voire pire pour la zone ciblée par le projet, la Corne de l'Afrique.
    Passons sur le fait qu'une fois que vous avez déterminé (ou pas, en l'occurence) la provenance géographique de quelqu'un, vous n'avez rien dit sur sa nationalité ou son pays de résidence. Passons sur les grandes phrases "Science sans conscience ...". Je croyais que c'était le pays des droits civiques, bien avant les États-Unis, ici, qu'ils avaient inventé l'habeas corpus et la défense du vulgum pecus contre le gouvernement alors qu'en France on en était encore à distribuer des tickets pour assister à un écartèlement aux enfants qui avaient été sages avec leur mamie ! Eh bien au moins, c'est bon signe, me direz-vous, au moins, ils ont dépassé l'approche "De toute façon, ils sont tous noirs, chef, on n'arrive pas à les distinguer !". Maintenant le mot d'ordre, c'est "Oui, Wooton Bassett, ils sont peut-être tous noirs, mais avec ce très intéressant livre sur les origines des peuples de Hans Günther, on va réussir à les distinguer".

Publié dans Ici là-bas

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Abie 10/10/2009 15:08


Et hop, un article (un peu) détaillé sur la question :
http://www.rue89.com/2009/10/10/royaume-uni-tester-ladn-pour-tracer-la-provenance-humaine


Abie 03/10/2009 00:32


Oh.
Pu.
tain.
Je creuse un peu et je te donne mon avis motivé.