La France, sœur aînée de l'Angleterre

Publié le par Sandra

    Comme me l'a fait remarquer un membre insigne de mon honorable lectorat, cela fait un an (et un semaine parce que j'ai été un peu longue à la détente) que ce blog a démarré. Pour l'occasion, je me suis tapé un petit trip narcissique et j'ai relu une bonne partie des archives, ce qui ne m'était jamais arrivé. C'est comme ça que je suis retombée sur le post faussement détaché et légèrement nerveux au sujet de ce qu'on allait bien pouvoir manger ici. Eh bien à l'heure des bilans, comme on dit je crois dans les assemblées générales du MEDEF, je puis vous dire qu'il n'était besoin en rien de s'inquiéter.
    À part quelques agréables aménagements de notre régime alimentaire (when in Rome ...) nous mangeons essentiellement comme en France*. D'abord parce que les Anglais eux-mêmes sont conscients qu'ils risquent l'empoisonnement ou la perte des dents et des cheveux s'ils se contentent de manger rosbif et que les magasins sont remplis de spécialités étrangères de toutes provenances. Ensuite, parce que ceci est particulièrement vrai de la bouffe française, pour la bonne et simple raison que, et les Anglais peuvent bien faire mine que rien, je les ai percés à jour, ils sont en admiration devant la France.
    Je justifie immédiatement, et en trois points, cette explosive assertion. Premier niveau, la moitié des Britanniques qui apprennent que nous vivions à Paris avant ne peuvent concevoir comment on peut quitter volontairement notre pays, et particulièrement sa capitale. Je les vois bien, quand je leur dis que l'Angleterre, c'est bien et que de toute façon, on avait besoin d'air, prendre cette expression un peu hésitante qui révèle qu'ils sont en train de nous imaginer poursuivis par une troupe de gros bras chargés du recouvrement des dettes d'un bookmaker, par des maris trompés ou par des pirates barbaresques voulant m'enfermer dans le harem du sultan de Bruneï**. Quant à B., tous ses compatriotes sont persuadés qu'elle n'a épousé un Français que pour pouvoir émigrer plus facilement et personne n'a compris quand ils ont acheté une maison à Bristol.
    Deuxième point, la France est leur référence permanente et systématique en matière de bouffe†, de confort de vie, d'éducation sexuelle, de système de santé, de bon sens politique*** sur un mode général "les Français, qui ne sont pas aussi cons que nous, eux, font ...", par exemple ††, j'ai entendu sur BBC London je ne sais plus quand, une journaliste faire référence au truc vachement malin des Français pour éviter les intoxications aux champignons vénéneux, former les pharmaciens à les reconnaître de sorte que vous pouvez présenter votre champi à l'épicier à la croix verte du coin (selon l'expression de Coluche) qui vous dira si c'est mangeable (à tester sur le pharmacien de la Place Monge en plein Quartier Latin).
    Enfin, et c'est à mon sens, ce qui emporte le morceau, les Britanniques passent leur vie à critiquer les Français ou à ironiser sur les clichés gaulois sans se rendre compte que précisément, ils ne peuvent pas s'empêcher de faire référence à la France. Pour preuve, j'en veux cet article qu'Abie m'avait envoyé, sur le fromage britannique qui est bon, la preuve, les Anglais en achètent plus que du fromage français†††.
    C'est maintenant prouvé, les Anglais regardent la France comme une référence absolue, comme on regarde une sœur qui, quoi qu'elle fasse, est toujours plus drôle, plus belle, plus intelligente, bref, plus cool et qui, même si elle agace profondément et qu'on affecte de la dédaigner, reste l'incontournable pierre de touche quand il faut choisir entre deux paires de chaussures à talons.


* Sauf le boudin blanc, aarg, j'adore le boudin blanc. Ils pourraient quand même faire du boudin blanc, quitte à devoir se livrer au retro-engineering. On est quand même dans le deuxième pays de la saucisse, merde !
** Qui a dit que les Britanniques ne pouvaient pas avoir l'imagination fertile ?
† Le bon compère Bakkus, Kobaïen d'honneur, a porté à mon attention cet article du Guardian qui vit dans la fiction que les boucheries chevalines et leurs clients sont monnaie courante en France.
*** All right, je suis complètement déformée par la lecture du Guardian
†† Quand j'ai appris à faire des disserts, on m'a dit, au moins un exemple par argument. J'applique.
††† L'argumentation est total grotesque bien sûr, voyez donc un peu, ici.

Publié dans Ici là-bas

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Abie 30/11/2009 17:26


Bon sang, même quand ils essayent sincèrement de comprendre, ils échouent : la recette de steack tartare du Guardian commence par «Preheat the oven to 180ºC».