Lutte de crasse

Publié le par Sandra

    En savourant la possibilité de glander sur internet après avoir dûment livré mon QCM pour apprentis-pilotes d'hélicoptère, je suis tombée sur un article du Guardian sur la grève des éboueurs de Leeds. Un méchant exemple de post partum blues, me direz-vous. Eh bien sachez que, de ce qui aurait pu être le fond du fond touché dans ce moment particulier de désœuvrement qui, je pense, affecte tous les travailleurs indépendants quand ils sortent d'un gros projet, j'ai tiré une tendresse renouvelée bien que paradoxale pour le royaume de Sa Très Gracieuse Majesté.
    L'article explique en effet que les éboueurs (et balayeurs et jardiniers) municipaux ont décidé d'entrer en grève quand le City Council a décidé d'égaliser la paye des employés masculins et féminins. Non, non, je vous arrête, nous n'avons pas là affaire à une troupe d'éboueurs misogynes, ce qui s'est passé, c'est que le City Council a décidé de baisser la paye des hommes au lieu de relever la paye des femmes*. Et attention, on s'accroche à sa moumoute, la baisse de salaire allait jusqu'à faire passer le salaire annuel de 18 000 £ (19 985 euros) à 11 000 £ (12 213 euros)**. Au passage, on a le droit de rester un peu rêveur à l'idée que les écarts de salaire entre hommes et femmes dans la fonction publique territoriale aient pu être aussi élevés. Malgré que le City Coucil ait depuis mis un peu d'eau dans son Fernet-Branca, les éboueurs n'ont toujours pas obtenu satisfaction. À mettre en perspective avec l'article de Polly Toynbee sur les salaires des hauts fonctionnaires, y compris municipaux, qui en 2008 étaient payés en moyenne 148 000 £ (164 320 euros) par an.
    Pourquoi ces réjouissances face à ce qui est assez une raison de s'immoler par le feu en cœur en tant qu'espèce animale ? Parce que nulle part ailleurs dans le monde, et je parierais un orteil qu'on peut prendre cette formule au mot et qu'aux États-Unis, même, ils ne font pas mieux, il n'y a cette capacité à accepter comme allant de soi de telles inégalités économiques. À ce point-là, on croit qu'on rêve, mais non, ils sont trop forts !
    Alors voilà, à ma voisine qui me demandait hier d'un air interloqué pourquoi on avait quitté une aussi belle ville que Paris, j'aurais pu répondre que j'aime l'Angleterre et les Anglais, parce qu'ils sont capables de ça***.

* Parce qu'évidemment, l'écart était dans ce sens-là, pas dans l'autre.
** Brut, naturellement. Avec les cotisations sécu et les impôts sur le revenu, il faut enlever 30 % à la louche.
*** Bon, OK, j'avoue, aussi pour les chapeaux de la Reine.

Publié dans Dear old England

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Abie 27/11/2009 00:58


Les nanas sont payées un tiers de moins que les mecs ? (ou réciproquement les mecs sont payés moitié plus) ?!
Haaaa bon sang mais c'est bien sûr : ils ont une famille à nourrir, *eux*.