Moderne monarchie

Publié le par Sandra

    Un des grands plaisirs ou des grands agacements, pour les républicains dans l'âme (Liberty Equality Fraternity, anyone?), de la vie au royaume de Sa Très Gracieuse Majesté, est cette opportunité rare de vivre comme entre deux époques. On voyage dans le temps à peu de frais selon le point de vue qu'on adopte sur certains évènements de l'actualité britannique. Tournez la tête un peu de ce côté, vous avez une bonne vieille monarchie old school comme dans les manuels d'histoire et les livres de contes de fées (OK, peut-être un peu remaniés version Éditions Sociales). Louchez un peu de l'autre et vous voyez qu'en fait, vous vivez dans la modern Britain dont les médias nous rebattent les oreilles.

    La preuve par les images :

Old school Le prince héritier (Charles) chasse ses gueux d'un village du Somerset de ses terres du Duché de Cornouailles dans ce qui ressemble à une répétition des Highland Clearances et qui le rendra encore plus immensément riche

Modern Britain Le prince héritier (Charles) chasse ses locataires d'un village du Somerset de ses terres du Duché de Cornouailles pour réaliser une opération immobilière qui le rendra encore plus immensément riche

 

Old school Du fait de sa royale ascendance, un des fils de la Reine, le Prince Andrew, parcourt le monde et occupe son temps à faire ami-ami avec des despotes étrangers, tout en jurant virilement, en vouant aux gémonies ces gauchistes de l'opposition républicaine et en monnayant ses manoirs avec des financiers internationaux interlopes (on dirait un Agatha Christie de la grande époque)

Modern Britain On a refilé du fait de sa royale ascendance au Prince Andrew un poste censé favoriser les intérêts commerciaux britanniques à l'étranger où il parcourt le monde et occupe son temps à faire ami-ami avec des présidents d'Asie centrale, tout en jurant virilement, en vouant aux gémonies ces gauchistes de la commission anti-corruption et du Guardian réunis et en monnayant ses manoirs avec des financiers internationaux interlopes (on dirait toujours un Agatha Christie de la grande époque)

 

Old school La troupe charge à cheval la vile populace qui manifeste contre l'augmentation du prix permettant d'accéder aux charges dont la vénalité est ainsi toujours d'actualité

Modern Britain La police montée ne "charge" pas mais fonce à cheval sur la foule des lycéens et étudiants manifestant contre le projet d'augmentation des frais de scolarité universitaires pouvant aller jusqu'à 9000 £ par an**

 

Old school Le prince héritier (un autre, William*) va épouser une jeune fille incroyablement élégante quand elle l'accompagne à la chasse, aux courses ou à un bal et qui, tout en ayant une fortune confortable, a le bon goût de ne pas vraiment exister par elle-même. Le mariage sera magnifique et payé par le trésor royal abondé par les sujets du royaume.

Modern Britain Le prince héritier William va épouser une jeune fille incroyablement élégante quand elle l'accompagne à la chasse, aux courses ou à un bal mais attention, c'est une roturière ! Le mariage sera très bien dans son genre, je n'en doute pas (les chapeaux, les chapeaux !), sera payé avec les impôts des sujets du royaume et nous coûtera donc si ce n'est un bras (tout ça devrait rester de très bon goût), du moins une oreille.

 

    Les mauvaises langues diraient qu'il est fascinant de voir comme il y a peu de différences entre les deux versions au final.

    Honi soit qui mal y pense.

 

* La confusion continue sur la question de savoir qui, de Charles ou de son fils William, succédera à Elizabeth II sans que j'aie l'impression que qui que ce soit n'affronte réellement le problème à voix haute. Ou alors, je ne lis pas les bons journaux.

** = 10 000 € par an. Oui, vous avez bien lu.

Publié dans Queen of who

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