On a l'œil vif, la fesse fraîche et le sein arrogant...

Publié le par Sandra

... l'autre œil, l'autre fesse et l'autre sein, itou, également*, merci bien.

    Malgré ce bulletin de santé rassurant pour ceux qui se demandaient où j'étais passée, il y a quelque fois des jours où je regrette la France.

    Comme toutes les femmes vous le diront, c'est une vérité éternelle de l'univers que tous les soutien-gorge meurent en même temps. Quelle que soit leur date d'achat, quel que soit le prix investi dans l'espoir de faire la nique à cette loi fondamentale du cosmos, leurs petites molécules de soutif arrivent à un état de déliquescence de la matière exactement au même moment et ce même s'ils ne sont pas tous stockés au même endroit**. Outre que je peine à convaincre MLAM que c'est un phénomène de synchronisation des particules à étudier d'urgence car il pourrait bien mener au secret de la téléportation quantique, cela signifie que j'ai dû me lancer dans un shopping de lingerie — ceux qui ont déjà la bave aux lèvres, merci de vous calmer, contrairement à ce que vendent les magazines féminins (et masculins), le shopping de lingerie est en général une corvée parce qu'amené de toute urgence par le phénomène de décrépitude soutifesque décrit plus haut — dans un shopping de lingerie, dis-je, en Angleterre. J'aime bien Easyjet mais l'aller-retour en avion dans la journée pour aller aux Galeries Lafayette, il y a des limites !

    Et là, c'est le drame. Pas plus tôt arrivée au rayon lingerie du House of Fraser local après avoir survécu à l'invasion du mauvais goût parmi le rayon robes de la saison des fêtes***, je tombe sur un rayon entier de soutien-gorge surrenbourrés de taille proprement fellinesque. Ceux qui me connaissent personnellement savent que si, comme tout un chacun, je n'hésite pas, en cas de canicule, à me rafraîchir dans les fontaines, je n'ai pas, pour parler vrai, le décolleté d'Anita Ekberg dans La Dolce Vita.

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    Une sueur froide commence à me prendre mais, n'ayant pas constaté une omniprésence de seins comme des obus partout dans les rues d'Albion, je me dis "pas de panique, c'est juste que je n'ai pas mes lunettes et que je ne juge pas bien à distance". Oh bonne mère, si seulement ! Je m'approche, je parcours méthodiquement les rayonnages : la norme était le bonnet DD, le minimum bonnet C et j'ai même vu des bonnets double F dont je croyais qu'on ne pouvait se les procurer qu'en magasin spécialisé. C'est simple, ma tête rentrait sans problème dans 90 % des bidules. S'il m'était venu l'idée de préserver mes délicats neurones du froid des piscines britanniques grâce à un renversant bonnet de bain en dentelle de Calais synthétique couleur chair, avec renforts latéraux en mousse qui plus est, j'avais trouvé le spot parfait: un modèle au hasard, un coup de ciseau entre les deux cups et j'étais équipée pour l'hiver. Princesse Tam Tam, même pas la peine d'y penser, même Calvin Klein marque réputée pour faire des petites brassières aériennes (c'est ce que dit la brochure, en tout cas), c'était limite le soutien-gorge d'allaitement. Quand enfin, j'ai réussi à dénicher un truc dont l'étiquette indiquait que c'était ma taille et qui n'était pas de cette indescriptible couleur mauve dont les anglo-saxons ont le secret, la forme était digne des années cinquante. Cachez ce sein que je ne saurais voir, indeed ! C'était si couvrant que ça dépasserait même d'un décolleté col claudine approuvé par le couvent des oiseaux et ils n'ont pas la réputation d'y déconner des masses avec les bonnes mœurs.

    Je tiens comme je peux en attendant le prochain voyage vers une mère patrie qui, elle, sait soutenir les mamelles de façon civilisée, mais pour l'arrogance citée en titre de ce billet, rien ne va plus.

    Pour me remettre de ces émotions mammaires, j'ai enfin booké un spa au Lido† de Bristol. Expérience infiniment british. Le cadre et le concept sont raffinés, c'est scrupuleusement propre mais le service est désastreux, même en plein cœur de Clifton††. M. de Mayotte sera ravie d'apprendre que depuis qu'ils ont leur propre ligne de produits, le savon proposé dans les douches sent délicatement la rose et le géranium et n'est plus détergent. La pudeur aussi est très britannique : pour les soins, on vous donne une culotte de grand-mère en papier††† et non un string comme en France, le massage se fait autant que possible par dessus un drap de bain léger (mais c'est bien agréable parce que ça tient chaud), l'esthéticienne sort de la pièce dès que les déplacements exposent un bout de peau habituellement couvert par un maillot de bain et l'impératif de la fesse rugueuse n'est pas catégorique au point d'inclure le postérieur dans les zones soumises à l'exfoliation. La température, enfin, était très britonne : eau de la piscine à 19°C, température extérieure en dessous de zéro.

    Mais le massage était bien agréable et il y a quelque chose d'infiniment satisfaisant à blobloter dans le jacuzzi extérieur en contemplant les sapins de Noël illuminés.

 

* In Marcelle de Boby Lapointe

** Je vous dis que j'ai fait une étude sérieuse.

*** Quiconque a vu un rayon entier de fourreaux volantés en satin polyester imprimé léopard sait de quoi je parle. Quiconque s'est déjà trouvé en Angleterre à la fin novembre début décembre, en fait.

† En anglais britannique, c'est le nom des piscines d'époque victorienne à ciel ouvert, rien à voir avec les plumes où je pense.

†† Pour les non connaisseurs de la géographie sociologique locale, une idée du style de quartier : dans la salle de relaxation, les magazines proposés étaient Good Housekeeping ("comment bien tenir sa maison" ou "la bonne maîtresse de maison") et le supplément Tatler 2013 des meilleures écoles privées du Royaume-Uni, où l'on apprend qu'il est moins cher d'envoyer sa fille en pension à Badmington School, comme Indira Gandhi, qu'au Cheltenham Ladies College (9500 £ par trimestre seulement). Et en sortant, j'ai croisé un homme en smoking et sa compagne en robe longue, se rendant manifestement à une Christmas party dans les environs.

††† Si c'est le même modèle pour les hommes, les esthéticien(ne)s méritent chaque penny de leur salaire.

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lmout 08/12/2012 00:59

Et bien, on attend les photos ! ;)

Abie 01/12/2012 13:55

Dix-neuf degrés ??!! /me perd connaissance.

Plus sérieusement : Ouaip, Calvin Klein m'a sauvé la vie à plusieurs reprises. Et en plus, ça tient longtemps.

Ceci était un communiqué des Petits seins pour l'Autodétermination (non, non, non, à la rembourration).