Vous reprendrez bien un peu de gras

Publié le par Sandra

    Bien que je ne veuille pas affoler les nombreux compatriotes qui s'inquiètent dès que je les ai au téléphone de notre sort gastronomique, je ne peux résister au plaisir pervers de détailler ici le catalogue des horreurs culinaires anglo-saxonnes. Les Français associent souvent la malbouffe frite dans l'huile de vidange aux Américains et il est vrai que ceux-ci se défendent bien. On notera tout particulièrement sur le site de la Florida State Fair, dans la catégorie des nouveaux produits alimentaires de la foire, la friture de beurre* (deep fried butter).
    Néanmoins, l'exactitude historique et anthropologique nous force à rappeler que la paternité culturelle des atrocités de ce genre est résolument britannique. La Grande Bretagne, avant d'être le royaume de Sa Très Gracieuse Majesté, est celui de la pâte à friture (batter). C'est ainsi que le critère absolu de reconnaissance d'un quelconque commerce distribuant des produits alimentaires chauds (on n'ose prononcer dans ce cas le terme de "nourriture") est cette odeur inimitable et spécifique de graillon, qui vous fait savoir, même les yeux bandés, que vous avez traversé la Manche.
    Et, ils en feront peut-être une crise cardiaque, ma foi, tant pis, ça ne fera pas grande différence dans les statistiques, dans ce domaine, les Écossais sont les plus britanniques du Royaume-Uni. L'Écosse est la patrie de la barre chocolatée Mars en friture (deep fried Mars bar) et de l'assortiment de gras dans une boîte à emporter, la Munchy box. À consommer tout particulièrement dans les rues de Glasgow après s'être fait virer du pub pour bagarre**. Les images du site sont insoutenables, sans compter la partie où l'auteur fait une étude comparée de pizza en friture.
    Ceux qui veulent absolument vomir peuvent aller consulter le site collaboratif thisiswhyyourefat.com où le public peut poster ses photos de nourriture grossissante extrême. Déconseillé aux âmes sensibles.
    Et enfin, puisque j'ai évoqué la deep fried mars bar citée dans la description de ce blog, il me faut compléter avec une histoire de spam-fritters***. Les détails se trouvent dans l'article du Guardian qui a attiré mon attention sur l'histoire. Il semblerait donc que des soldats britanniques qui prennent déjà très cher en Afghanistan, se soient retrouvés, à la suite d'une attaque des talibans sur leur ligne de ravitaillement, avec rien d'autre à manger pendant six semaines que des menus à base de spam. Selon le cuisinier de l'armée, originaire de Bristol d'ailleurs, il s'est révélé possible de cuisiner une grande variété de menus à base de cet ingrédient (spam sauce aigre-douce, spam stroganoff et spam carbonara figurent parmi les exemples cités).
    Et que ceux qui seraient prompts à conclure que voilà un exemple remarquable de l'inflexible lèvre supérieure de l'armée britannique (stiff upper lip) se détrompent ! Le sergeant-major a paraît-il trouvé que le repas saucisse de spam, frites, sauce curry avait remonté le moral des troupes et que c'était le meilleur repas de sa vie.
    Ils doivent vraiment en chier, en Afghanistan.

* Non, il ne s'agit pas de frire quelque chose dans du beurre, mais bien de prendre du beurre, de l'enrober dans une pâte à friture puis de faire frire le tout dans une friteuse.
** Il paraît que ce n'est pas pour rien qu'une expression courante pour désigner un coup de boule en anglais britannique est "Glasgow kiss".

*** Sur le spam, électronique and otherwise, voir cet article et suivre le lien vers Wikipedia. Mais quand même, pour le plaisir

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† On se demande au passage ce qu'ont mangé les soldats juifs, musulmans ou jaïns éventuellement présents dans le bataillon.

PS Cet article est dédicacé à Abie. Mais s'il te plaît, ne le prends pas comme un défi, je ne veux pas que tu meures dans d'atroces souffrances.

Publié dans Qu'est-ce qu'on mange

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Abie 05/02/2010 13:35


Ne t'inquiète pas pour moi : je suis protégée des excès par ma flemmardise chronique. Frire quelque chose ça veut dire faire la pâte à beignet, attendre que l'huile soit chaude, etc. : bien trop
éprouvant pour moi, alors je reste dans le simple.
Du coup, en ce moment ma confort food avant d'aller me coucher est une tranche de lard italien, probablement issu du cochon le plus grand du monde, à moins que ce ne soit le plus gras.