Edito

  • : My Perfide Albion home
  • : My Perfide Albion home est un blog créé à l'occasion de mon installation à Bristol. On y trouvera donc des pensées plus ou moins inspirées sur les différences entre la Grande Bretagne et la France, sur les problèmes de traduction, puisque c'est mon métier, et sur mes tribulations gastronomiques et culinaires au pays des spam fritters et de la deep fried mars bar.
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Copinage, pub et népotisme

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Top resto à Westbury-on-Trym The Villager Restaurant
Café resto branché au bord de l'eau Riverstation

Où trouver quoi ?

Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 14:21

    Ce soir, c'est Burns Night et donc, normalement, c'est haggis, le plat écossais qui consiste en poumon, cœur et foie de mouton cuits avec de l'avoine dans une panse de vache. Et, oui, c'est bon, même si nous n'irons probablement pas ce soir au par ailleurs très agréable pub Victoria de Westbury-on-Trym pour y déguster le plat traditionnel en chantant  Auld Lang Syne*. Ce qui fait que mon aimable lectorat français, après avoir, je n'en doute pas, vomi à la description des ingrédients de la recette et bien que n'étant pas aussi scottiphile que Mr V., comprendra parfaitement ma stupéfaction quand j'ai vu un article du Guardian consacré à une recette de haggis végétarien**. Ça m'apprendra à lire des quotidiens gauche caviar, tiens. Parce que je veux bien essayer de faire semblant d'être tolérante et dire que les végétariens (et les lapins) sont nos amis et qu'il faut les aimer aussi, mais, Gordon Bennett, pourquoi pas du confit de canard sans canard, pendant qu'on y est ! Toute façon, ces journalistes du Guardian, c'est tous des  Sassenachs.

    Pour nous remettre de ces rudes émotions et en hommage aux nombreux pourvoyeurs familiaux qui bourrent nos valises de délicieuse provende et font de nos mois de janvier des festivals gastronomiques, je propose cette recette de gateaux noix-café.

 

Pour 9-12 gâteaux, selon la taille des moules utilisés :

200 g de noix (de Descartes, c'est encore mieux) broyées grossièrement

200 g de beurre doux

170 g de sucre

30 g de sucre roux non raffiné genre muscovado

3 œufs

120 g de farine

2 c. à soupe d'extrait de café (Trablit, bien sûr)

1 c. à café d'extrait de vanille

1 c. à café de levure chimique

1 pincée de sel

Pour la décoration, des cerneaux de noix et des pastilles de chocolat de couverture de chez Mérimée à Lisieux (grâcieusement fournis par notre correspondante sur place, merci Chr.)

Mettre le beurre en crème, y ajouter les deux types de sucre et l'extrait de vanille.

Incorporer les œufs un à un en alternance avec la farine.

Y mélanger les noix broyées, l'extrait de café, la levure et le sel.

Répartir dans des moules à cupcakes/muffins américains/petits gâteaux ronds et décorer avec un cerneau et un palet de chocolat.

Faire cuire à 180-200°C pendant 20 à 40 minutes selon la taille des moules (oui Monsieur, ici, on fait dans la pâtisserie de précision). Laisser refroidir sur une grille.

 

Bon, c'est pas tout ça, j'ai de la limonade à la violette à finir, moi.

 

* Je viens de re-regarder le menu de ce soir et il est bien possible qu'en fait, on y aille.

** Je fournis le lien à titre purement documentaire. Loin de moi l'idée de cautionner ce crime. Âmes sensibles (je pense particulièrement à toi, Mr V.), s'abstenir.

Par Sandra - Publié dans : Qu'est-ce qu'on mange ?
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 13:07

    Après avoir réussi, pour me préserver de l'apoplexie qui me guette plus souvent que de raison, à m'empêcher de hurler par clavier interposé sur l'ineptie absolue du statut constitutionnel du Duc de Cornouailles qui a fait les titres du Guardian récemment (Ça y est, je sens mon pouls qui s'accélère. 1-2-3, je respire, tout va bien, je vais bien), je me trouve une fois de plus réconciliée avec ce pays, par le biais, paradoxalement, de Brassens et de la traduction.

    En remontant d'une pause clope hier, je suis tombée sur MLAM se bidonnant devant une vidéo de l'interprétation par Jake Thackray de son adaptation en anglais de la chanson Le gorille. La voici, avec les r roulés qui sentent bon le nord — l'homme est du Yorkshire :

 


 

Pour ceux que l'accent désarçonne, voici la transcription des paroles* :

Brother Gorilla
(George Brassens )
Translated by Jake Thackray from the French

Through the bars of a large enclosure
The village ladies intently stare
Where a gorilla with massive composure
Was impassively combing his hair
They were shamelessly interested
Eyeing devoutly a certain spot
By me mother's special request
I'll refrain from telling you what
Bother Gorilla

Now the door to the circus lock-up
Where the noble brute had been put
By an administrational cock-up
Was unwisely left unshut
I'm going to lose it at last, he cried
Swinging lissomely out of his cage
Referring of course to his chastity
(He was just at that difficult age)
Brother Gorilla

Those self-same ladies who previously
Had been licking their lips from afar
Did a bunk, which shows how devious
And whimsical women are
In the path of the lovesick monkey
There were two who didn't budge
A little old lady, all shrunken
And a Petty Sessions Judge
Brother Gorilla

Now the old girl said, "It would be surprising
And unlikely in the extreme
If anyone found me appetising
(And beyond my wildest dreams)"
The judge intoned with tranquillity
"To take me for a female ape
Would be the height of improbability"
(Even judges make mistakes)
Brother Gorilla

It would be curious and uncanny
If the choice were up to you
To ravish a judge or a granny
And you didn't know which to do
If I were in such a position
And the choice had got to be mine
I'd beg the old lady's permission
And go for Grandma every time.
Brother Gorilla

Though the gorilla is very proficient
In the role of a paramour
His mental equipment's deficient
And his eyesight's awfully poor
With a paleolithic leer
He gave the old lady the miss
And grabbing the judge by the ear
Gave him an introductory kiss
Brother Gorilla

In time the gorilla's desires
Were more or less gratified
The judge being rather biased
Couldn't see the funny side
He was kicking and screaming and wailing
When his moment of truth had come
Like those wretches he orders daily
To be taken away and hung
Brother Gorilla

    Je ne pensais pas qu'il soit possible de se rêver dans un sleeping du Paris Lyon Méditerranée en route vers la plage de Sète à l'écoute d'un texte anglais chanté avec l'accent de Leeds. Et l'homme n'est même pas traducteur de son métier ! Respect.

 

* Les paroles françaises originales de Brassens sont .

Par Sandra - Publié dans : Lost in translation
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 13:44

    L'année dernière, il y a eu tout un buzz dans le monde anglo-saxon autour du système éducatif français qui oppresse les élèves : le prof leur dit de se taire, que leur réponse est fausse et que franchement ils vont arrêter de faire leur défilé parce qu'ils sont vraiment lourds. Donc, le méchant prof les oppresse, écrase leur confiance en eux et se trouve vraiment à la limite de la maltraitance* quand il déclare que non, Kévin, quel que soit le modèle mathématique adopté, 2 et 2 ne font pas 5**. Interviews de parents anglo-saxons ayant fait l'expérience du système français, témoignages chocs ("Ma fille revenait en pleurs parce que la maîtresse criait", "Mon fils a perdu confiance en lui parce que le prof de maths lui a dit que ses résultats de division étaient faux"), "analyses" journalistiques sur la tradition autoritaire en France, références à Napoléon†, citation des études de l'OCDE qui disent que le système scolaire français, ah ben, non, hein, c'est plus ce que c'était, ils sont malheureux et en plus même pas si bons que ça en maths.

    Bref, de la condescendance, de la bonne, avec esprit de supériorité, je sais mieux éduquer mes enfants que toi, moi je ne suis pas un bourreau de lardons qui les oblige à apprendre les déclinaisons latines et leur dit que non, Ambroise, "dominumachin" n'est pas le génitif pluriel de dominus††.

    Et puis dans un récent sondage, la moitié des parents d'élèves britanniques interrogés a déclaré être favorable au retour des châtiments corporels à l'école. Et comme c'est une question parfaitement légitime, n'est-ce pas, pas du tout border line par rapport aux droits fondamentaux, le Guardian a lancé son propre sondage***.

    Permettez-moi d'être morte de rire.

 

* Full disclosure : je suis française, j'ai été prof et ma réaction est sans doute biaisée par du chauvinisme et un bon vieux réflexe d'autodéfense. Ajoutez à ça ma propension à exagérer...

** Le premier matheux qui l'ouvre pour dire qu'il existe au moins un modèle mathématique où 2 et 2 font 5 s'expose à faire la douloureuse découverte de la maltraitance par des membres de l'Éducation Nationale.

† Vous connaissez la loi de Godwin ? Eh bien, on devrait inventer une variante pour les journalistes britanniques, la France et Napoléon.

†† À toutes fins utiles, le génitif pluriel de dominus est dominorum.

*** À l'heure où nous mettons sous presse, 25 % des personnes ayant répondu pensent qu'il faut réintroduire les châtiments corporels (caning, dans la tradition scolaire britannique).

Par Sandra - Publié dans : Ici là-bas
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Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 13:20

    D'abord, même si ça vient un peu tard pour rassurer les diverses personnes qui se sont inquiétées de nous, les émeutes ont été assez "modérées" à Bristol et se sont limitées à un peu de casse dans le centre lundi, sans commune mesure avec Londres ou d'autres villes d'Angleterre, ce qui fait que si nous n'étions pas branchés à internet en permanence, nous n'aurions pas su qu'il se passait quoi que ce soit de spécial.

    Ensuite, et en essayant de ne pas trop tirer de conclusions parce que ça m'énerverait de dire sur le sujet plus de conneries que d'habitude, quelques trucs qui frappent, d'un point de vue français, ou en tout cas du mien, et qui n'ont pas vraiment été relevés par la presse française, à ma connaissance. Le parallèle réflexe et absolu avec les émeutes de 2005 dans les banlieues s'est apparemment révélé bien trop tentant. Que voulez-vous, le métier de rédac' chef, c'est d'identifier le bon panneau, pas de réfléchir pour ne pas tomber dedans ("Allez coco, il me faut tes 30 000 signes dans une demi-heure, si on fait dans la finesse, on bouclera jamais !")*. Il va de soi que tout ce qui suit est mon avis et que je ne prétends pas détenir toutes les informations, à prendre avec quelques pincettes, tout de même.

    Donc, un peu en vrac, des choses qui sautent au cerveau et des différences entre les émeutes anglaises de la semaine dernière et les épisodes banlieues à la tricolore :

- beaucoup de pillages, d'attaques contre les commerces, grandes chaînes capitalistes méchantes bien assurées ou petit buraliste-marchand de journaux-confiserie du coin tenu par le voisin d'à côté qui tire le diable par la queue. Pas d'attaque contre des bâtiments publics et pas de geste clair contre l'État à part dans les affrontements avec la police. En France, c'était plutôt les institutions à drapeau tricolore relevant de l'action étatique (ou perçues comme telles) qui avaient fait les frais. Je me souviens d'une école maternelle du Val de Marne qui avait été incendiée, par exemple. Là, plutôt un phénomène de débordement collectif de revanche dans la sur-consommation, on pille ce qu'on aurait acheté autrement ou rêvé d'acheter (téléphone portable, baskets, électronique, alcool, cigarettes, etc.)

Manchester--Bham-riots-007.jpg

                                                                                                                       Photo : Tim Hales/AP

- une différence majeure qui peut expliquer ça (ou pas), en France on relègue les pauvres et les étrangers à la périphérie en banlieue, en Angleterre, les banlieues sont si ce n'est opulentes, du moins gentiment cossues ou y aspirant (pensez haie de tuyas, 4X4 garé devant la maison et doubles rideaux à fleu-fleurs aux fenêtres). Les pauvres sont en (relatif) centre-ville, à proximité donc des commerces et centres commerciaux. En France, si un magasin d'ordinateurs portables dernier cri avait eu l'idée de s'installer au milieu de la cité des 4000 à la Courneuve, il aurait peut-être été pillé.

- beaucoup d'incendie de bâtiments, y compris d'habitation. Des membres de la communauté même des émeutiers sont touchés directement, ils perdent leur commerce ou leur logement avec toutes leurs affaires.

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                                                                                   Photograph: Peter Macdiarmid/Getty Images

- autre différence majeure, le bilan : cinq morts.

- quelque chose qu'on ne voit pas en France, les membres de chaque "communauté" (ici, le sens est beaucoup plus fort et l'emploi du mot infiniment plus justifié qu'en France, où il est agité comme un épouvantail, à tort ou à raison, d'ailleurs) qui s'organisent pour défendre leurs commerces eux-mêmes (Turcs à Londres, furieux de se sentir abandonnés par la police qui d'après eux laisse faire les pilleurs-casseurs, ou Pakistanais à Birmingham. C'est alors qu'ils participaient à une veille devant les commerces de leur quartier que les trois morts de Birmingham ont été renversés par une voiture qui aurait transporté des émeutiers).

- la communication entre émeutiers et apparemment l'organisation de pillages ciblés grâce aux messages sur BlackBerry, difficiles à intercepter par la police.

- enfin, même si la liste est extensible à plaisir, la réaction du gouvernement : il critique la police (se mettant à dos un électorat pourtant a priori assez sympathisant) et maintien les coupes budgétaires drastiques qui verront les effectifs policiers réduire significativement. À comparer avec le désormais traditionnel "Nous soutenons les forces de l'ordre qui font un travail extraordinaire sur le terrain et nous allons leur donner plus de moyens/plus de tasers/plus de flash balls/plus de policiers de proximité**" qui sévit en France dès qu'il se passe quoi que ce soit. Les Tories veulent vraiment faire des économies et ici, ils n'ont pas peur de montrer qu'ils se contrefoutent de la détérioration que cela implique pour les services publics.

    Ce qui nous amène à l'autre partie de ce post déjà bien long, les réactions qui ne sentent pas très bon. Mon sentiment est que les Anglais (curieusement, alors que s'y trouvent quelques-uns des quartiers les plus pauvres du pays, l'Écosse et le Pays de Galles ont été totalement épargnés) ont eu très peur, qu'ils n'ont rien compris à ce qui se passait et qu'ils sont passés en mode guerre. Malgré les gesticulations des Travaillistes qui sentent le pur automatisme d'adhésion à la ligne du parti et sont assez décrédibilisées (Pensez "Mais non, les pauvres, ils sont pauvres et noirs*** et tout le monde les traite pas gentiment, il ne faut pas trop leur en vouloir"), la réaction est assez au "écrasez-les, ils méritent tout ce qui leur arrivera".

    Les réactions, donc :

- les émeutiers et particulièrement les pilleurs sont considérés comme hors la société et comme un danger pour elle, ils sont "feral" (= non domestiqués, sauvages), "rats", ou "scum" (= racaille, ordure, râclure). Certains de ces mots étaient particulièrement présents sur des T-shirts de Londoniens sortis dans la rue au lendemain des émeutes pour nettoyer devant chez eux).

- on autorise l'usage des canons à eau et des balles en plastique en Angleterre métropolitaine ce qui est une première hautement symbolique (méthodes utilisées en Ulster)

- on demande que toutes les aides sociales soient retirées aux émeutiers. Pour certains, ça veut dire devoir mendier pour se nourrir. Pas métaphoriquement, vraiment, comme à Calcutta.

- on demande que les émeutiers et leur famille (mamie, parents et frères et sœurs mineurs, le cas échéant) soient expulsés de leur maison si c'est un logement social. Des procédures ont déjà été entamées et vus les loyers dans le secteur privé, ça revient à mettre les gens à la rue. Junior se lâche comme un crétin sur un magasin de chaussures, toute la famille vit façon Calcutta.

- un historien et homme de télévision a déclaré dans un talk show de la BBC que "le problème, c'est que les blancs sont devenus noirs".

    Ambiance...


 

* Ceci était une annonce du service tapez sur les journalistes, ça leur apprendra à écouter aux portes.

** Non, je déconne.

*** Parallèlement à ça, lesdits Travaillistes et gens de gauche ne cessent de répéter — et il semblerait qu'ils aient raison — qu'il ne s'agit pas d'un phénomène "racial" et que les pilleurs étaient de toutes les couleurs/ethnicités/je ne sais jamais comment dire.

Par Sandra - Publié dans : Ici là-bas
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Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 19:34

    J'avais déjà été confrontée, il y a quelques temps, au choix d'utiliser dans une traduction de pub pour spas et autres instituts de beauté les mots de Baudelaire qui auraient été curieusement appropriés :

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Mais comme il aurait fallu y faire succéder immédiatement quelque chose comme "Profitez aussi de nos forfaits Future Maman et Minceur Tonique", j'avoue, j'ai pas pu.

    J'en étais restée à cette réaction épidermique sans doute assez typique de qui a une formation de lettres classiques et un amour assez modéré du "Grand Kapital TM", drapée dans ma profession de foi "l'exploitation mercantile de L'invitation au voyage ne passera pas par moi", quand les responsables de ce qu'il est convenu d'appeler dans le métier "la production de contenu marketing" ont encore frappé.

    Dans un texte visant à faire prendre aux gentils consommateurs la route des plaisirs ineffables des parcs de loisirs aquatiques, je tombe sur l'admirable slogan :

"Water, water everywhere".

    Première réaction (parce que j'ai une tendresse particulière pour l'animal* et parce que passer un après-midi à vanter les mérites du minigolf, ça a tendance à vous faire ça), traduire par "Que d'eau, que d'eau !"**. Mais, rire ou traduire, il faut choisir, comme c'était assez peu accrocheur pour un public ignorant la référence et carrément peu vendeur pour ceux qui connaîtraient, je l'ai jouée professionnelle et j'ai renoncé. Entretemps, MLAM, parce que oui, il est scientifique, mais oui, il a de la culture et de bons réflexes méthodologiques, était allé vérifier la source de cette phrase qui lui disait quelque chose. Il s'agit, comme à n'en pas douter certains lecteurs de ce blog, fins anglicistes, l'auront immédiatement reconnu, d'un extrait de  The Rime of the Ancient Mariner de Samuel T. Coleridge.

    Et là, j'ai craqué, j'ai paraphrasé Le cimetière marin et adopté la traduction "L'eau, l'eau, toujours recommencée". Une partie de moi a honte d'avoir prostitué ces vers que je persiste à trouver magnifiques bien que de nombreux littéraires de mon entourage les trouvent inutilement hermétiques, une autre n'est pas peu fière de la trouvaille (Tu me sors Coleridge ? Moi aussi, je peux faire le kéké, tiens prends Valéry dans la tronche !), une autre, enfin, considère que le Paulot étant à l'origine d'un des pires textes de thème latin qu'il soit possible d'imaginer†, il n'a que ce qu'il mérite en contribuant à populariser les toboggans aquatiques de la mort.

    Après coup, les auteurs du slogan de départ n'ayant pas, dans le reste de leurs travaux, montré une culture littéraire impressionnante, j'en suis venue à m'interroger sur ce qui fait arriver jusqu'à la pub de la poésie anglaise du XVIIIe. D'aucuns pourraient en bons littéraires gauchistes de caricature répondre incontinent : "Ces gros gougnafiers de marketeux (américains, qui plus est !) ont le vague souvenir de cette expression, coincée dans leur mémoire à la case "Trucs culturels" entre le dialogue d'un épisode des Teletubbies et les aventures complètes de Oui-oui à la plage en BD, mais ils croient que ça vient d'une pub Captain Igloo et se disent que si ça sert à vendre du poisson pané, ça peut bien se recycler pour les parcs d'attraction. Bientôt, ils vont tenter de nous bidouiller Amazing Grace à la gloire du minigolf !"

    Mais le seul moyen de survivre aux tournures la plupart du temps sans grand génie de la prose publicitaire étant de po-si-ti-ver, je veux croire que ces aventures commercialo-poétiques sont une preuve de plus que la littérature percole jusque dans la culture collective et que la poésie a donc toute sa place dans les programmes scolaires. Avis aux enseignants de lettres, la prochaine fois qu'un parent d'élève vous demande à quoi sert d'enseigner la littérature aux gamins, c'est-pas-avec-ça-qu'ils-vont-trouver-un-boulot, vous pourrez répondre : "Non, mais ça peut servir à fourguer des pédicures spécial minceur aux clientes de parcs aquatiques."

 

* Quelqu'un qui a dit : "La fièvre typhoïde, je sais ce que c'est. Je l'ai eue. On en meurt ou on en reste idiot." et a quand même eu droit aux funérailles nationales n'est qu'une preuve de plus de la grandeur de notre beau pays.

** Remarque qu'aurait faite le Président Mac-Mahon alors qu'il se rendait sur le site d'inondations catastrophiques en 1875.

† Essayez un peu pour voir de traduire le concept moderne de "petit propriétaire" en latin classique.

Par Sandra - Publié dans : Lost in translation
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