Edito

  • : My Perfide Albion home
  • : My Perfide Albion home est un blog créé à l'occasion de mon installation à Bristol. On y trouvera donc des pensées plus ou moins inspirées sur les différences entre la Grande Bretagne et la France, sur les problèmes de traduction, puisque c'est mon métier, et sur mes tribulations gastronomiques et culinaires au pays des spam fritters et de la deep fried mars bar.
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Copinage, pub et népotisme

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Où trouver quoi ?

Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 13:20

    D'abord, même si ça vient un peu tard pour rassurer les diverses personnes qui se sont inquiétées de nous, les émeutes ont été assez "modérées" à Bristol et se sont limitées à un peu de casse dans le centre lundi, sans commune mesure avec Londres ou d'autres villes d'Angleterre, ce qui fait que si nous n'étions pas branchés à internet en permanence, nous n'aurions pas su qu'il se passait quoi que ce soit de spécial.

    Ensuite, et en essayant de ne pas trop tirer de conclusions parce que ça m'énerverait de dire sur le sujet plus de conneries que d'habitude, quelques trucs qui frappent, d'un point de vue français, ou en tout cas du mien, et qui n'ont pas vraiment été relevés par la presse française, à ma connaissance. Le parallèle réflexe et absolu avec les émeutes de 2005 dans les banlieues s'est apparemment révélé bien trop tentant. Que voulez-vous, le métier de rédac' chef, c'est d'identifier le bon panneau, pas de réfléchir pour ne pas tomber dedans ("Allez coco, il me faut tes 30 000 signes dans une demi-heure, si on fait dans la finesse, on bouclera jamais !")*. Il va de soi que tout ce qui suit est mon avis et que je ne prétends pas détenir toutes les informations, à prendre avec quelques pincettes, tout de même.

    Donc, un peu en vrac, des choses qui sautent au cerveau et des différences entre les émeutes anglaises de la semaine dernière et les épisodes banlieues à la tricolore :

- beaucoup de pillages, d'attaques contre les commerces, grandes chaînes capitalistes méchantes bien assurées ou petit buraliste-marchand de journaux-confiserie du coin tenu par le voisin d'à côté qui tire le diable par la queue. Pas d'attaque contre des bâtiments publics et pas de geste clair contre l'État à part dans les affrontements avec la police. En France, c'était plutôt les institutions à drapeau tricolore relevant de l'action étatique (ou perçues comme telles) qui avaient fait les frais. Je me souviens d'une école maternelle du Val de Marne qui avait été incendiée, par exemple. Là, plutôt un phénomène de débordement collectif de revanche dans la sur-consommation, on pille ce qu'on aurait acheté autrement ou rêvé d'acheter (téléphone portable, baskets, électronique, alcool, cigarettes, etc.)

Manchester--Bham-riots-007.jpg

                                                                                                                       Photo : Tim Hales/AP

- une différence majeure qui peut expliquer ça (ou pas), en France on relègue les pauvres et les étrangers à la périphérie en banlieue, en Angleterre, les banlieues sont si ce n'est opulentes, du moins gentiment cossues ou y aspirant (pensez haie de tuyas, 4X4 garé devant la maison et doubles rideaux à fleu-fleurs aux fenêtres). Les pauvres sont en (relatif) centre-ville, à proximité donc des commerces et centres commerciaux. En France, si un magasin d'ordinateurs portables dernier cri avait eu l'idée de s'installer au milieu de la cité des 4000 à la Courneuve, il aurait peut-être été pillé.

- beaucoup d'incendie de bâtiments, y compris d'habitation. Des membres de la communauté même des émeutiers sont touchés directement, ils perdent leur commerce ou leur logement avec toutes leurs affaires.

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                                                                                   Photograph: Peter Macdiarmid/Getty Images

- autre différence majeure, le bilan : cinq morts.

- quelque chose qu'on ne voit pas en France, les membres de chaque "communauté" (ici, le sens est beaucoup plus fort et l'emploi du mot infiniment plus justifié qu'en France, où il est agité comme un épouvantail, à tort ou à raison, d'ailleurs) qui s'organisent pour défendre leurs commerces eux-mêmes (Turcs à Londres, furieux de se sentir abandonnés par la police qui d'après eux laisse faire les pilleurs-casseurs, ou Pakistanais à Birmingham. C'est alors qu'ils participaient à une veille devant les commerces de leur quartier que les trois morts de Birmingham ont été renversés par une voiture qui aurait transporté des émeutiers).

- la communication entre émeutiers et apparemment l'organisation de pillages ciblés grâce aux messages sur BlackBerry, difficiles à intercepter par la police.

- enfin, même si la liste est extensible à plaisir, la réaction du gouvernement : il critique la police (se mettant à dos un électorat pourtant a priori assez sympathisant) et maintient les coupes budgétaires drastiques qui verront les effectifs policiers réduire significativement. À comparer avec le désormais traditionnel "Nous soutenons les forces de l'ordre qui font un travail extraordinaire sur le terrain et nous allons leur donner plus de moyens/plus de tasers/plus de flash balls/plus de policiers de proximité**" qui sévit en France dès qu'il se passe quoi que ce soit. Les Tories veulent vraiment faire des économies et ici, ils n'ont pas peur de montrer qu'ils se contrefoutent de la détérioration que cela implique pour les services publics.

    Ce qui nous amène à l'autre partie de ce post déjà bien long, les réactions qui ne sentent pas très bon. Mon sentiment est que les Anglais (curieusement, alors que s'y trouvent quelques-uns des quartiers les plus pauvres du pays, l'Écosse et le Pays de Galles ont été totalement épargnés) ont eu très peur, qu'ils n'ont rien compris à ce qui se passait et qu'ils sont passés en mode guerre. Malgré les gesticulations des Travaillistes qui sentent le pur automatisme d'adhésion à la ligne du parti et sont assez décrédibilisées (Pensez "Mais non, les pauvres, ils sont pauvres et noirs*** et tout le monde les traite pas gentiment, il ne faut pas trop leur en vouloir"), la réaction est assez au "écrasez-les, ils méritent tout ce qui leur arrivera".

    Les réactions, donc :

- les émeutiers et particulièrement les pilleurs sont considérés comme hors la société et comme un danger pour elle, ils sont "feral" (= non domestiqués, sauvages), "rats", ou "scum" (= racaille, ordure, râclure). Certains de ces mots étaient particulièrement présents sur des T-shirts de Londoniens sortis dans la rue au lendemain des émeutes pour nettoyer devant chez eux).

- on autorise l'usage des canons à eau et des balles en plastique en Angleterre métropolitaine ce qui est une première hautement symbolique (méthodes utilisées en Ulster)

- on demande que toutes les aides sociales soient retirées aux émeutiers. Pour certains, ça veut dire devoir mendier pour se nourrir. Pas métaphoriquement, vraiment, comme à Calcutta.

- on demande que les émeutiers et leur famille (mamie, parents et frères et sœurs mineurs, le cas échéant) soient expulsés de leur maison si c'est un logement social. Des procédures ont déjà été entamées et vus les loyers dans le secteur privé, ça revient à mettre les gens à la rue. Junior se lâche comme un crétin sur un magasin de chaussures, toute la famille vit façon Calcutta.

- un historien et homme de télévision a déclaré dans un talk show de la BBC que "le problème, c'est que les blancs sont devenus noirs".

    Ambiance...


 

* Ceci était une annonce du service tapez sur les journalistes, ça leur apprendra à écouter aux portes.

** Non, je déconne.

*** Parallèlement à ça, lesdits Travaillistes et gens de gauche ne cessent de répéter — et il semblerait qu'ils aient raison — qu'il ne s'agit pas d'un phénomène "racial" et que les pilleurs étaient de toutes les couleurs/ethnicités/je ne sais jamais comment dire.

Par Sandra - Publié dans : Ici là-bas
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Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 19:34

    J'avais déjà été confrontée, il y a quelques temps, au choix d'utiliser dans une traduction de pub pour spas et autres instituts de beauté les mots de Baudelaire qui auraient été curieusement appropriés :

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Mais comme il aurait fallu y faire succéder immédiatement quelque chose comme "Profitez aussi de nos forfaits Future Maman et Minceur Tonique", j'avoue, j'ai pas pu.

    J'en étais restée à cette réaction épidermique sans doute assez typique de qui a une formation de lettres classiques et un amour assez modéré du "Grand Kapital TM", drapée dans ma profession de foi "l'exploitation mercantile de L'invitation au voyage ne passera pas par moi", quand les responsables de ce qu'il est convenu d'appeler dans le métier "la production de contenu marketing" ont encore frappé.

    Dans un texte visant à faire prendre aux gentils consommateurs la route des plaisirs ineffables des parcs de loisirs aquatiques, je tombe sur l'admirable slogan :

"Water, water everywhere".

    Première réaction (parce que j'ai une tendresse particulière pour l'animal* et parce que passer un après-midi à vanter les mérites du minigolf, ça a tendance à vous faire ça), traduire par "Que d'eau, que d'eau !"**. Mais, rire ou traduire, il faut choisir, comme c'était assez peu accrocheur pour un public ignorant la référence et carrément peu vendeur pour ceux qui connaîtraient, je l'ai jouée professionnelle et j'ai renoncé. Entretemps, MLAM, parce que oui, il est scientifique, mais oui, il a de la culture et de bons réflexes méthodologiques, était allé vérifier la source de cette phrase qui lui disait quelque chose. Il s'agit, comme à n'en pas douter certains lecteurs de ce blog, fins anglicistes, l'auront immédiatement reconnu, d'un extrait de  The Rime of the Ancient Mariner de Samuel T. Coleridge.

    Et là, j'ai craqué, j'ai paraphrasé Le cimetière marin et adopté la traduction "L'eau, l'eau, toujours recommencée". Une partie de moi a honte d'avoir prostitué ces vers que je persiste à trouver magnifiques bien que de nombreux littéraires de mon entourage les trouvent inutilement hermétiques, une autre n'est pas peu fière de la trouvaille (Tu me sors Coleridge ? Moi aussi, je peux faire le kéké, tiens prends Valéry dans la tronche !), une autre, enfin, considère que le Paulot étant à l'origine d'un des pires textes de thème latin qu'il soit possible d'imaginer†, il n'a que ce qu'il mérite en contribuant à populariser les toboggans aquatiques de la mort.

    Après coup, les auteurs du slogan de départ n'ayant pas, dans le reste de leurs travaux, montré une culture littéraire impressionnante, j'en suis venue à m'interroger sur ce qui fait arriver jusqu'à la pub de la poésie anglaise du XVIIIe. D'aucuns pourraient en bons littéraires gauchistes de caricature répondre incontinent : "Ces gros gougnafiers de marketeux (américains, qui plus est !) ont le vague souvenir de cette expression, coincée dans leur mémoire à la case "Trucs culturels" entre le dialogue d'un épisode des Teletubbies et les aventures complètes de Oui-oui à la plage en BD, mais ils croient que ça vient d'une pub Captain Igloo et se disent que si ça sert à vendre du poisson pané, ça peut bien se recycler pour les parcs d'attraction. Bientôt, ils vont tenter de nous bidouiller Amazing Grace à la gloire du minigolf !"

    Mais le seul moyen de survivre aux tournures la plupart du temps sans grand génie de la prose publicitaire étant de po-si-ti-ver, je veux croire que ces aventures commercialo-poétiques sont une preuve de plus que la littérature percole jusque dans la culture collective et que la poésie a donc toute sa place dans les programmes scolaires. Avis aux enseignants de lettres, la prochaine fois qu'un parent d'élève vous demande à quoi sert d'enseigner la littérature aux gamins, c'est-pas-avec-ça-qu'ils-vont-trouver-un-boulot, vous pourrez répondre : "Non, mais ça peut servir à fourguer des pédicures spécial minceur aux clientes de parcs aquatiques."

 

* Quelqu'un qui a dit : "La fièvre typhoïde, je sais ce que c'est. Je l'ai eue. On en meurt ou on en reste idiot." et a quand même eu droit aux funérailles nationales n'est qu'une preuve de plus de la grandeur de notre beau pays.

** Remarque qu'aurait faite le Président Mac-Mahon alors qu'il se rendait sur le site d'inondations catastrophiques en 1875.

† Essayez un peu pour voir de traduire le concept moderne de "petit propriétaire" en latin classique.

Par Sandra - Publié dans : Lost in translation
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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 15:36

    Après un long silence, dû à ma charge de travail* depuis février et au fait que, fatalement, plus je vis ici, moins la britannitude ambiante m'est exotique, je reviens au clavier, après être revenue de France, parce qu'un des grands plaisirs de la vie à Bristol, c'est qu'on n'y est pas seulement dans une Angleterre charmante mais stéréotypale. Au hasard d'une discussion avec un voisin, nous avons appris que se tenait hier, comme tous les premiers samedis de juillet depuis 1967, le carnaval caraïbe de Saint Paul.

StPaulsCarnival.jpg

    L, éminente Anglaise de Vannes, m'avait parlé de la population caraïbe de Bristol qui fait de la ville un hotspot pour acheter des mangues. Les coiffes façon carioca se trémoussant vers Portland Square ne furent donc pas complètement une surprise. Tout au plus, un paradoxe britannique de plus m'a fait sourire : au pays des règlementations health & safety parfois vraiment pusillanimes, 80 000 personnes se promenaient gentiment dans les rues, buvant force bière, fumant force plantes à l'odeur d'herbes de Provence, dévorant du poulet grillé dans des barils barbecues de fortune, tout cela à trois centimètres de zombies de moins de douze ans, eux-mêmes collés aux sound systems poussés au maximum.

    Ce qu'on ne voit pas sur les images**, c'est le côté très bristollien de la manifestation, associatif, mélangé, multi-communautaire dans le meilleur sens du terme. En vrac, dans la petite partie que nous avons pu voir, des élèves (blancs, majoritairement) d'un collège du secteur déguisés en zombies, le portrait de Bob Marley en peinture sur soie arboré par le rickshaw qui portait les bafles des danseuses ci-dessus, les petites danseuses en pyjama brodé du cortège de l'association chinoise de Bristol, la banière d'une association de troisième âge, les instits portant, sourire aux lèvres, la banderole identifiant leur école primaire fièrement représentée par une troupe de CE2 déguisés en abeilles, encore capables malgré la chaleur et la fatigue de se remémorer la chorégraphie préparée...

    Même si nous étions peu conscients de cet aspect quand nous avons choisi de nous installer ici (quoique les graffitis de la commune autoproclamée de la People's Republic of Stokes Croft nous aient vaguement mis la puce à l'oreille), l'ambiance et le principe de ce carnaval font partie de ce qui fait de Bristol une ville selon mon cœur.

    Ça et le restau marocain de St Nick's Market, Al Bab Mansour, Pie Minister, juste en face, le libanais qui vient d'ouvrir à côté et le restau-traiteur portugais qui s'est installé entre un (vrai) fromager et the Bristol Sausage Shop. Ben oui, on ne se refait pas, la bouffe, c'est important.

 

* Je ne me plains pas, je dis juste que quand vos journées sont occupées à trouver quel slogan vous allez bien pouvoir inventer, parce que coller au texte-source américain et mettre "Faites péter la choucroute" dans une pub pour un salon de coiffure censément tendance ça va pas le faire, eh bien, sans parler de burn out créatif quand même, il ne reste plus trop d'espace de cerveau disponible pour rédiger des sornettes sur la surmortalité masculine dans certains quartiers de Glasgow, due à la consommation pathologique de pork scratchings (non, cet article-là, vous ne l'aurez jamais).

** trouvées sur le site de la BBC et sur anorak.co.uk

Par Sandra - Publié dans : Bristol
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 13:32

    En travaillant aujourd'hui sur un article traitant du Musée du slip de Bruxelles (j'aime ma vie), je tombe sur le terme anglais undercrackers qu'on pourrait traduire par "calbute". Je soupçonne dès le début le sens du mot, même si je ne l'ai jamais rencontré. Après tout, le texte parle de dons de slip kangourou par le ministre des finances belge et le mot semble construit sur le même modèle qu'underwear ou underpants.

    Toujours est-il que par ce que vous appellerez selon votre tempérament acquis de conscience ou maniaquerie, je vérifie par une recherche rapide sur internet. Les dictionnaires ne donnent rien (j'ai finalement confirmé en cherchant dans l'utile Urban Dictionary) et je tape "undercrackers traduction" dans Google.fr pages en français, ce qui sort normalement les pages de dictionnaires de traduction en ligne. Échec et là, dans un moment d'aberration que je ne peux expliquer que par le fait que je ne suis pas du matin, j'accepte la suggestion de Google de chercher "under crackers" en deux mots et l'affreux bidule me sort de son propre chef le résultat du passage à la moulinette Google translate.

    Roulement de tambour, effets de manche de M. Loyal, fracas de rayons laser... la "traduction" est "en vertu des craquelins".

   Oui, des craquelins. Non, pas des bretzels, des craquelins, je te dis.

craquelin.jpg

 

 

* Chanson Les Play-boys de Jacques Dutronc

Par Sandra - Publié dans : Lost in translation
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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 14:45

    Il est venu à mon attention que la plateforme Overblog avait introduit des pubs sur ce blog et après investigation auprès d'eux, il semblerait que cela soit automatique après une inactivité prolongée sur le blog. C'est le petit coup de pouce qu'il fallait pour me sortir de ma flemme bloggeuse. Normalement, tout devrait rentrer dans l'ordre.

    Je soupçonnais depuis un certain temps, grâce aux Monty Pythons et à leur Grannie gang*, qu'on introduisait au royaume de Sa Très Grâcieuse Majesté une substance particulière dans l'eau des maisons de retraite qui donnait un peps particulier aux little old ladies.

    Mes soupçons avaient été confirmés par un épisode récent. À la suite de la fermeture de Park Street un samedi soir de janvier, je me suis retrouvée à attendre mon bus qui avait été dévié sur Anchor Road. Le bus ne venait pas, un autre voyageur en rade entame la conversation. Il finit par me dire qu'il sait pourquoi le numéro 1 refuse obstinément d'arriver : un chauffeur de la ligne a été agressé à Southmead. Par une vieille dame. Et c'est là qu'il se met à m'expliquer que les vieilles dames ont l'habitude de frapper à coups de canne les chauffeurs de bus sur la tête, c'est leur truc. La vision de Graham Chapman en chapeau couleur bonbon anglais se battant comme un chiffonier dans la boue pour la reconstitution de la bataille de Pearl Harbour par l'amicale des dames patronnesses de Chipping Sodbury me venait en tête mais un certain cartésianisme qui m'habite me faisait encore dire que ce n'était qu'une de ces conversations surréalistes qu'on n'a jamais qu'à des arrêts de bus les jours de perturbations avec de mystérieux voyageurs entre deux âges qui ne semblent jamais savoir exactement quel bus ils veulent prendre.

    Et puis hier, à Northampton, une dame âgée a arrêté l'attaque d'une bijouterie en battant à coups de sac à main trois des braqueurs. Elle est ensuite restée calmement sur les lieux en attendant la police.

    Mon opinion est faite : c'est ici que je veux passer le crépuscule de mes jours. J'y aurai la garantie d'échapper à la fragilité et à la faiblesse qu'on associe volontiers aux petites vieilles dames en France, en plus d'un passe de bus universel gratuit.

 

* Je ne résiste pas au plaisir de leur rendre directement hommage.

 

Par Sandra - Publié dans : Dear old England
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