Edito

  • : My Perfide Albion home
  • : My Perfide Albion home est un blog créé à l'occasion de mon installation à Bristol. On y trouvera donc des pensées plus ou moins inspirées sur les différences entre la Grande Bretagne et la France, sur les problèmes de traduction, puisque c'est mon métier, et sur mes tribulations gastronomiques et culinaires au pays des spam fritters et de la deep fried mars bar.
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Où trouver quoi ?

Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 12:42

    J'ai découvert l'existence de ces deux langages inventés par George du Maurier (grand-père de Daphné de rebeccesque mémoire) grâce à un guest post sur Omniglot blog.Le principe de ces deux langues, lié au fait que leur inventeur était bi-lingue et bi-culturel, est le suivant : le frankingle est une langue dont la grammaire et les règles phonétiques sont anglaises alors que le lexique est français et l'inglefrank est l'inverse.

    Évidemment, je suis dégoûtée de ne pas avoir connu le truc avant, surtout vu le sabir inglefrank, à moins que ça ne soit frankingle, qu'on parle à la maison et réjouie qu'une telle invention existe et qu'il y ait des passionnés pour travailler sur des traductions.

    J'encourage d'ailleurs les volontaires (j'essaierais bien moi-même, mais j'ai du boulot et des courses de Noël à faire) à tenter la version frankingle de La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et la version inglefrank du Laboureur et ses enfants.

Par Sandra - Publié dans : Le bazar des langues
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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 16:00

    Le mouvement de protestation des étudiants contre l'augmentation des frais de scolarité universitaires décidée par le gouvernement continue. À Bristol, ça donne une occupation des locaux de l'Université de Bristol.

    Deux-trois explications pour les Français qui s'interrogeraient sur ce mouvement, inhabituel en Grande Bretagne :

Il s'agit d'universités publiques financées par les contribuables surtout et les frais de scolarité.

Actuellement, les frais de scolarité sont limités à 3200 £ par an environ. Les universités, particulièrement les prestigieuses, appliquent en général le maximum des frais de scolarité autorisés. Les étudiants peuvent prétendre à un prêt pour payer ces frais qu'ils ne commencent à rembourser que quand ils perçoivent un revenu de plus de 15 000 £ par an.

Le gouvernement de coalition conservateurs-libéraux démocrates a le projet de remonter le plafond des frais à 9000 £ par an avec remboursement du prêt à partir d'un revenu de 21 000 £ par an*, ce qui correspond grosso modo au revenu médian.

Pour mieux faire image, je vous propose la simulation suivante : deux étudiants, l'un français, l'autre anglais, veulent devenir traducteurs. Ils s'attaquent donc au cursus peu ou prou incontournable dans ce secteur, une licence suivie d'un master, soit disons cinq ans (les différences entre les deux systèmes universitaires m'obligeraient à faire de savants calculs de demi-trimestre compliqués). Si on part du principe que les frais de scolarité (j'ai pris l'exemple de mon alma mater La Sorbonne Paris IV) n'augmenteront pas dans les années suivantes (je ne peux pas prévoir l'inflation dans ce domaine particulier, ma boule de cristal est au garage), voilà le résultat :

France                                                            Angleterre

1020 € pour tout le cursus**                     45 000 £ (53 650 €)

    Nous aurions donc un étudiant français qui peut envisager de payer ses frais de scolarité en travaillant l'été et qui peut toujours éventuellement compter sur une bourse même si je sais que c'est loin d'être le Pérou alors que l'étudiant anglais aura, dès qu'il commencera à gagner raisonnablement sa vie, à faire face à d'énormes dettes.

Forcément, ça énerve.

 

* environ 25 000 €. Après application à la louche de l'imposition et des cotisations sociales, cela donne un revenu net d'environ 1350 £ par mois (1600 € par mois).

** hors sécu étudiante pour les besoins de la comparaison

Par Sandra - Publié dans : Ici là-bas
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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 18:22

    Le mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité universitaires continue.

Ici, à Londres.

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Photo : Ben Stansall/AFP/Getty Images
Par Sandra - Publié dans : Ici là-bas
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Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 20:15

    Un des grands plaisirs ou des grands agacements, pour les républicains dans l'âme (Liberty Equality Fraternity, anyone?), de la vie au royaume de Sa Très Gracieuse Majesté, est cette opportunité rare de vivre comme entre deux époques. On voyage dans le temps à peu de frais selon le point de vue qu'on adopte sur certains évènements de l'actualité britannique. Tournez la tête un peu de ce côté, vous avez une bonne vieille monarchie old school comme dans les manuels d'histoire et les livres de contes de fées (OK, peut-être un peu remaniés version Éditions Sociales). Louchez un peu de l'autre et vous voyez qu'en fait, vous vivez dans la modern Britain dont les médias nous rebattent les oreilles.

    La preuve par les images :

Old school Le prince héritier (Charles) chasse ses gueux d'un village du Somerset de ses terres du Duché de Cornouailles dans ce qui ressemble à une répétition des Highland Clearances et qui le rendra encore plus immensément riche

Modern Britain Le prince héritier (Charles) chasse ses locataires d'un village du Somerset de ses terres du Duché de Cornouailles pour réaliser une opération immobilière qui le rendra encore plus immensément riche

 

Old school Du fait de sa royale ascendance, un des fils de la Reine, le Prince Andrew, parcourt le monde et occupe son temps à faire ami-ami avec des despotes étrangers, tout en jurant virilement, en vouant aux gémonies ces gauchistes de l'opposition républicaine et en monnayant ses manoirs avec des financiers internationaux interlopes (on dirait un Agatha Christie de la grande époque)

Modern Britain On a refilé du fait de sa royale ascendance au Prince Andrew un poste censé favoriser les intérêts commerciaux britanniques à l'étranger où il parcourt le monde et occupe son temps à faire ami-ami avec des présidents d'Asie centrale, tout en jurant virilement, en vouant aux gémonies ces gauchistes de la commission anti-corruption et du Guardian réunis et en monnayant ses manoirs avec des financiers internationaux interlopes (on dirait toujours un Agatha Christie de la grande époque)

 

Old school La troupe charge à cheval la vile populace qui manifeste contre l'augmentation du prix permettant d'accéder aux charges dont la vénalité est ainsi toujours d'actualité

Modern Britain La police montée ne "charge" pas mais fonce à cheval sur la foule des lycéens et étudiants manifestant contre le projet d'augmentation des frais de scolarité universitaires pouvant aller jusqu'à 9000 £ par an**

 

Old school Le prince héritier (un autre, William*) va épouser une jeune fille incroyablement élégante quand elle l'accompagne à la chasse, aux courses ou à un bal et qui, tout en ayant une fortune confortable, a le bon goût de ne pas vraiment exister par elle-même. Le mariage sera magnifique et payé par le trésor royal abondé par les sujets du royaume.

Modern Britain Le prince héritier William va épouser une jeune fille incroyablement élégante quand elle l'accompagne à la chasse, aux courses ou à un bal mais attention, c'est une roturière ! Le mariage sera très bien dans son genre, je n'en doute pas (les chapeaux, les chapeaux !), sera payé avec les impôts des sujets du royaume et nous coûtera donc si ce n'est un bras (tout ça devrait rester de très bon goût), du moins une oreille.

 

    Les mauvaises langues diraient qu'il est fascinant de voir comme il y a peu de différences entre les deux versions au final.

    Honi soit qui mal y pense.

 

* La confusion continue sur la question de savoir qui, de Charles ou de son fils William, succédera à Elizabeth II sans que j'aie l'impression que qui que ce soit n'affronte réellement le problème à voix haute. Ou alors, je ne lis pas les bons journaux.

** = 10 000 € par an. Oui, vous avez bien lu.

Par Sandra - Publié dans : Queen of who?
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Samedi 16 octobre 2010 6 16 /10 /Oct /2010 11:30

    Il est assez logique que, le temps passant depuis notre installation au bon royaume de Sa Majesté, les sujets d'étonnement et les exotismes britanniques se fassent plus rares à mes yeux et les articles de ce blog aussi, par conséquent. Je me britannicise : l'autre jour, en réponse à notre voisin qui me demandait si j'avais suivi les compétitions du jour des Commonwealth Games, j'ai répondu que nous n'avions pas la télévision et le mot qui m'est venu pour le dire est "telly", puis il m'a fait remarquer que quelqu'un avait oublié son "brolly" dans l'entrée de l'immeuble et j'ai eu chaud au cœur en pensant que malgré la prévalence du langage des séries américaines, tout était pour le mieux dans un monde où il y avaient encore des gens qui disaient "knickers" et non "panties" pour "culotte".

    Et pourtant, sur le sujet brûlant en ce moment des diverses restrictions budgétaires décidées par la coalition Tories/Libéraux Démocrates (dite "ConDem government") et plus généralement de l'imposition et de la redistribution des richesses, malgré tout, je ne peux m'empêcher de m'étonner. Un peu en vrac et avec le goût de l'exemple extrême et de l'hyperbole rhétorique qui me caractérisent : l'énergie et l'eau coûtent cher, il n'y a pas de tarif social et peu de monde trouve choquant qu'une famille se retrouve sans courant et donc parfois sans chauffage parce qu'elle n'a plus les moyens de racheter une carte d'électricité* mais les diverses aides sociales (child and house benefits et jobseeker allowance) sont conçues d'une manière qui permet aux femmes seules avec enfants** de (sur)vivre alors même que les enfants sont en âge scolaire et qu'elles n'ont aucun handicap les empêchant de travailler.

    Si vous êtes une femme, que vous avez des enfants et que vous touchez lesdites aides sociales, c'est normal parce que vous devez élever vos enfants*** ; si vous êtes un homme et que vous touchez des aides sociales, vous êtes soit un parasite de la société soit un anormal (vous élevez vos enfants, attention, vous êtes peut-être pédophile).

    À en croire le Daily Mail†, les femmes seules qui vivent des allocations avec leurs enfants sont des parasites qui pondent de futurs délinquants uniquement "pour les allocs" mais les modes de garde d'enfants sont inexistants ou hors de prix et personne (même en dehors du lectorat du Daily Mail, je veux dire) ne fait le lien.

    Si vous êtes propriétaire d'un logement, vous n'avez pas droit à réduction d'impôts locaux (Council tax, à titre d'exemple, la nôtre est de 1400 £ cette année) même si votre revenu est misérable mais tous les retraités avaient encore récemment droit à une aide de plusieurs centaines de livres pour payer leur chauffage l'hiver, même s'ils étaient millionnaires.

    Je pourrais sans doute continuer longtemps mais pour finir en beauté : les licenciements dans la fonction publique et assimilé se comptent en centaines de milliers, toutes les aides sociales vont être plafonnées ou supprimées, les frais de scolarité à l'université vont sans doute pouvoir aller jusqu'à 7000 £ par an et pourtant, ce qui choque beaucoup et dont on parle dans la presse de gauche (caviar, visiblement††), c'est la suppression des allocations familiales aux ménages dont le revenu brut est de  45 000 £ par an ou plus****. Une mère au foyer a récemment écrit un article dans le Guardian où la pauvre femme explique qu'elle a dû faire des économies en diminuant le budget cadeau d'anniversaire aux petits camarades de ses enfants, en diminuant sa consommation de vin et en allant faire ses courses chez Sainsbury's uniquement les jours où leurs livraisons sont gratuites†††. Bien sûr, elle s'est fait laminer dans les commentaires et un journaliste du Guardian a été obligé de venir à sa rescousse pour dire que non, vraiment, 45 000 £, c'est pas tant que ça en fait.

    Passé le moment d'énervement sur le mode "la pauvre petite fille riche ne peut plus se payer son litron quotidien de Chablis acheté chez Fauchon, bou-hou-hou", j'en arrive à plusieurs conclusions.

1) Les journalistes, ici ou là-bas, ne savent pas écrire : ces plus de 45 000 £ par an sont dans les dix pour cent les plus riches de la population et pourtant la presse se réfère à eux comme à la sacro-sainte "middle class" qu'il ne faut pas effrayer. Middle, comme dans au milieu mais très à droite, vous voulez dire.

2) Les conservateurs tapent sur les pauvres et les Lib Dem essaient de prouver qu'ils ne sont pas des social-traîtres en, oh non, pas en taxant les riches quand même, juste en arrêtant de leur donner de l'argent. Bref, business as usual.

3) Les Britanniques ne sont décidément pas comme les Français : eux ont le cœur et le portefeuille à droite.

 

 

* Dans bien des cas, les logements pauvres sont équipés d'un compteur électrique qui ne peut être activé que par une carte prépayée, un peu à la manière des cartes de téléphone. Pas de sous pour payer la carte, pas de courant. Il va sans dire que cela permet aux fournisseurs d'électricité d'éviter de fournir de l'énergie à des gens qui seront peut-être incapables de payer. Les mauvaises langues ajouteront que personne n'aime rentrer chez soi le soir en disant "Chérie, aujourd'hui j'ai coupé l'électricité à trois gosses élevés par leur grand-mère édentée, qu'est-ce qu'on mange ?" et qu'il est d'infiniment meilleur goût de pouvoir ignorer la situation tout en martelant que ces pauvres, vraiment, devraient avoir au moins un certain sens de l'économie.

** Oui, on n'arrête pas de parler des "nouveaux pères" qui choisissent d'élever leurs enfants et c'est vrai que c'est marrant de délirer deux minutes, mais bon, faut pas déconner, on sait ce qu'il en est.

*** Ne me lancez pas sur le fait que mêmes les féministes de ce pays n'osent pas vraiment dire que les enfants de femmes qui travaillent ne sont pas rachitiques, émotionnellement handicapés, avec un QI inférieur et l'impression que leur mère les hait et que donc, si avez des enfants et travaillez en même temps, vous n'êtes pas, repeat, pas une mère indigne mais seulement une femme, c'est-à-dire un homme comme les autres.

† Pas de lien, vous me prenez pour qui ?

†† Note lexicologique : l'expression anglaise correspondant à "gauche caviar" est "champagne socialists".

**** Le revenu salarié brut médian était de 21 320 £ en 2009. Chiffres .

††† Sainsbury's est l'équivalent de Monoprix pour les prix et la famille en question a deux voitures.

Par Sandra - Publié dans : Comment peut-on être anglais ?
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